La nuit... La mort...—Pourquoi revivre?...

La lueur du petit jour frotte les vitres mouillées. La lueur de la vie se rallume dans les corps alanguis. Il s'éveille. Les yeux de Ada le regardent. Leurs têtes sont appuyées sur le même oreiller. Leurs bras sont liés. Leurs lèvres se touchent. Une vie tout entière passe en quelques minutes: des journées de soleil, de grandeur et de calme...

«Où suis-je! Et suis-je deux? Suis-je encore? Je ne sens plus mon être. L'infini m'entoure: j'ai l'âme d'une statue, aux larges yeux tranquilles, pleins d'une paix olympienne...»

Ils retombent dans les siècles de sommeil. Et les bruits familiers de l'aube, les cloches lointaines, une barque qui passe, deux rames d'où l'eau s'égoutte, les pas sur le chemin, caressent sans le troubler Leur bonheur endormi, en leur rappelant qu'ils vivent, et le leur faisant goûter...

Le bateau qui s'ébrouait devant la fenêtre arracha Christophe à sa torpeur. Ils étaient convenus de partir à sept heures, afin d'être revenus en ville, à temps pour leurs occupations habituelles. Il chuchota:

—Entends-tu?

Elle ne rouvrit pas les yeux, elle sourit, elle avança les lèvres, fit un effort pour l'embrasser, puis laissa retomber sa tête sur l'épaule de Christophe... Par les carreaux de la fenêtre, il vit glisser sur le ciel blanc la cheminée du bateau, la passerelle vide, et des torrents de fumée. Il s'engourdit de nouveau...

Une heure s'enfuit, sans qu'il s'en aperçut. En l'entendant sonner, il eut un sursaut de surprise:

—Ada!... dit-il doucement dans l'oreille de son amie. Hedi! répéta-t-il. Il est huit heures.

Les yeux toujours fermés, elle fronça les sourcils et la bouche avec mauvaise humeur.