Elle haïssait cette musique,—d'autant plus qu'elle n'y comprenait rien, et qu'il lui était impossible de trouver le joint pour atteindre cet ennemi invisible, pour blesser Christophe dans sa passion. Si elle essayait d'en parler avec mépris, ou de juger dédaigneusement les compositions de Christophe, il riait aux éclats; et, malgré son exaspération, Ada prenait le parti de se taire; car elle se rendait compte qu'elle était ridicule.

Mais s'il n'y avait rien à faire de ce côté, elle avait découvert chez Christophe un autre point faible, où il lui était plus facile d'atteindre: c'était sa foi morale. En dépit de sa brouille avec les Vogel, et malgré l'enivrement de son adolescence, Christophe avait conservé une pudeur instinctive, un besoin de pureté, dont il n'avait pas conscience, mais qui devait d'abord frapper, attirer et charmer, puis amuser, puis impatienter, puis irriter jusqu'à la haine, une femme comme Ada. Elle ne s'y attaquait pas de front. Elle demandait insidieusement:

—M'aimes-tu?

—Bien sûr!

—Combien m'aimes-tu?

—Autant qu'on peut aimer.

—Ce n'est pas beaucoup... Enfin!... Qu'est-ce que tu ferais pour moi?

—Tout ce que tu voudras.

—Ferais-tu une malhonnêteté?

—Singulière façon de t'aimer!