Ernst ne faisait pas d'avances à Christophe, pour être présenté à Ada; mais il se renfermait mélancoliquement dans sa chambre et refusait de sortir, disant qu'il ne connaissait personne. Christophe se reprochait, le dimanche, de continuer ses parties de campagne avec Ada, tandis que son frère restait à la maison. Cependant il lui était pénible de n'être pas seul avec son amie; mais il s'accusait d'égoïsme, et il proposa à Ernst de venir avec eux.
La présentation eut lieu à la porte de Ada, sur le palier. Ernst et Ada se saluèrent cérémonieusement. Ada sortait, suivie de son inséparable Myrrha, qui, en voyant Ernst, eut un petit cri de surprise. Ernst sourit, s'approcha, et embrassa Myrrha, qui sembla le trouver naturel.
—Comment! vous vous connaissez? demanda Christophe, stupéfait.
—Sans doute, dit Myrrha, en riant.
—Depuis quand?
—Il y a beau temps!
—Et tu le savais? demanda Christophe à Ada. Pourquoi ne me l'as-tu pas dit?
—Si tu crois que je connais tous les amants de Myrrha! dit Ada, en haussant les épaules.
Myrrha releva le mot, et feignit, par jeu, de se fâcher. Christophe n'en put savoir davantage. Il était attristé. Il lui semblait que Ernst, que Myrrha, que Ada avaient manqué de franchise, bien qu'à vrai dire il n'eût à leur reprocher aucun mensonge; mais il était difficile à croire que Myrrha, qui n'avait aucun secret pour Ada, lui eût fait mystère de celui-ci, et que Ernst et Ada ne se connussent pas déjà. Il les observa. Ils échangèrent seulement quelques paroles banales, et Ernst ne s'occupa plus que de Myrrha, tout le reste de la promenade. Ada, de son côté, ne parlait qu'à Christophe; et elle fut beaucoup plus aimable pour lui qu'à l'ordinaire.
Dès lors, Ernst fut de toutes leurs parties. Christophe se fût bien passé de lui; mais il n'osait le dire. Ce n'est pas qu'il eût un autre motif de vouloir éloigner son frère, que la honte de l'avoir pour compagnon de plaisir. Il était sans défiance. Ernst ne lui en donnait aucun sujet: il paraissait épris de Myrrha, et il observait envers Ada une réserve polie, et même une affectation d'égards, qui étaient presque déplacés; c'était comme s'il voulait reporter sur la maîtresse de son frère un peu du respect qu'il lui témoignait à lui-même. Ada ne s'en étonnait pas, et elle ne se surveillait pas moins.