—C'est encore plus laid.
Christophe serra les lèvres; et son menton tremblait: il avait envie de pleurer. Gottfried, comme consterné lui-même, insistait:
—Comme c'est laid!
Christophe, la voix pleine de larmes, s'écria:
—Mais enfin, pourquoi est-ce que tu dis que c'est laid?
Gottfried le regarda avec ses yeux honnêtes:
—Pourquoi?... Je ne sais pas... Attends... C'est laid,... d'abord, parce que c'est bête... Oui, c'est cela... C'est bête, cela ne veut rien dire... Voilà. Quand tu as écrit cela, tu n'avais rien à dire. Pourquoi as-tu écrit cela?
—Je ne sais pas, dit Christophe d'une voix lamentable. Je voulais écrire un joli morceau.
—Voilà! Tu as écrit pour écrire. Tu as écrit pour être un grand musicien, pour qu'on t'admirât. Tu as été orgueilleux, tu as menti: tu as été puni... Voilà! On est toujours puni, lorsqu'on est orgueilleux et qu'on ment, en musique. La musique veut être modeste et sincère. Autrement, qu'est-ce qu'elle est? Une impiété, un blasphème contre le Seigneur, qui nous a fait présent du beau chant pour dire des choses vraies et honnêtes.
Il s'aperçut du chagrin du petit et voulut l'embrasser. Mais Christophe se détourna avec colère: et plusieurs jours, il le bouda. Il haïssait Gottfried.—Mais il avait beau se répéter: «C'est un âne! Il ne sait rien, rien! Grand-père, qui est bien plus intelligent, trouve que ma musique est très bien»;—au fond de lui-même, il savait que c'était son oncle qui avait raison; et les paroles de Gottfried se gravaient en lui: il avait honte d'avoir menti.