Mais, une semaine après, c'était lui qui écrivait:

—Voici trois jours entiers que je n'entends plus aucune parole sortir de ta bouche. Je tremble. M'oublierais-tu? Mon sang se glace à cette pensée... Oui! Sans doute... L'autre jour, j'avais déjà remarqué ta froideur envers moi. Tu ne m'aimes plus! Tu penses à me quitter!... Écoute! Si tu m'oublies, si tu me trahis jamais, je te tue comme un chien!

—Tu m'outrages, mon cher cœur, gémissait Otto. Tu m'arraches des larmes. Je ne le mérite point. Mais tu peux tout te permettre. Tu as pris sur moi des droits tels que, me briserais-tu l'âme, un éclat vivrait toujours pour t'aimer!

—Puissance céleste! s'écriait Christophe. J'ai fait pleurer mon ami!... Injurie-moi! Bats-moi! Foule-moi aux pieds! Je suis un misérable! Je ne mérite pas ton amour!

Ils avaient des façons spéciales d'écrire leur adresse sur la lettre, de poser le timbre-poste, renversé, obliquement, dans un coin de l'enveloppe en bas, et à droite, pour distinguer leurs lettres de celles qu'ils écrivaient aux indifférents. Ces secrets puérils avaient pour eux le charme de doux mystères d'amour.

Un jour, en revenant d'une leçon, Christophe aperçut dans une rue voisine Otto en compagnie d'un garçon de son âge. Ils riaient et causaient familièrement ensemble. Christophe pâlit et les suivit des yeux, jusqu'a ce qu'ils eussent disparu, au détour de la rue. Ils ne l'avaient point vu. Il rentra. C'était comme si un nuage avait passé sur le soleil. Tout était assombri.

Quand ils se retrouvèrent, le dimanche suivant, Christophe ne parla de rien d'abord. Mais après une demi-heure de promenade, il dit d'une voix étranglée:

—Je t'ai vu, mercredi, dans la Kreuzgasse.

—Ah! dit Otto.

Et il rougit.