Lorchen entra avec Christophe dans l'autre pièce. Christophe hésitait encore. Il était déchiré de douleur, à la pensée qu'il n'embrasserait plus sa mère. Quand la reverrait-il? Elle était si vieille, si fatiguée, si seule! Ce nouveau coup l'achèverait. Que deviendrait-elle sans lui?... Mais que deviendrait-elle, s'il restait, s'il se faisait condamner, enfermer pendant des années? Ne serait-ce pas plus sûrement encore pour elle l'abandon, la misère? Libre du moins, si loin qu'il fût, il pouvait lui venir en aide, elle pouvait le rejoindre.—Il n'eut pas le temps de voir clair dans ses pensées. Lorchen lui avait pris les mains; debout, près de lui, elle le regardait; leur figure se touchait presque; elle lui jeta les bras autour du cou, et lui baisa la bouche:
—Vite! vite! dit-elle tout bas, en lui montrant la table.
Il ne chercha plus à réfléchir. Il s'assit. Elle arracha à un livre de comptes une feuille de papier quadrillé, avec des barres rouges.
Il écrivit:
«Ma chère maman. Pardon! Je vais te causer une grande peine. Je ne pouvais agir autrement. Je n'ai rien fait d'injuste. Mais maintenant, je dois fuir, et quitter le pays. Celle qui te portera ce mot te racontera tout. Je voulais te dire adieu. On ne veut pas. On prétend que je serais arrêté avant. Je suis si malheureux que je n'ai plus de volonté. Je vais passer la frontière, mais je resterai tout près, jusqu'à ce que tu m'aies écrit; celle qui te remet ma lettre me rapportera ta réponse. Dis-moi ce que je dois faire. Quoi que tu me dises, je le ferai. Veux-tu que je revienne? Dis-moi de revenir! Je ne puis supporter l'idée de te laisser seule. Comment feras-tu pour vivre? Pardonne-moi! Pardonne-moi! Je t'aime et je t'embrasse...»
—Dépêchons-nous, monsieur; sans quoi, il serait trop tard, dit le bon ami de Lorchen, en entr'ouvrant la porte.
Christophe signa hâtivement, et donna la lettre à Lorchen:
—Vous la remettrez vous-même?
—J'y vais, dit-elle.
Elle était déjà prête à partir.