Assez de parlottes musicales, assez de boutiques à fabriquer des accords! Tous ces ragots de cuisine harmonique étaient bien incapables de lui apprendre à trouver une harmonie nouvelle qui ne fût pas un monstre, mais un être vivant!
Il tourna le dos à ces docteurs Wagner, couvant leurs alambics pour faire éclore quelque Homunculus en bouteille; et, s'évadant de la musique française, il tâcha de connaître le milieu littéraire et la société parisienne.
Ce fut par les journaux quotidiens que Christophe fit d'abord connaissance,—comme des millions de gens en France,—avec la littérature française de son temps. Comme il était désireux de se mettre le plus vite possible au diapason de la pensée parisienne, en même temps que de se perfectionner dans la langue, il s'imposa de lire avec beaucoup de conscience les feuilles qu'on lui disait le plus parisiennes. Le premier jour, il lut parmi des faits-divers horrifiants, dont la narration et les instantanés remplissaient plusieurs colonnes, une nouvelle sur un père qui couchait avec sa fille, âgée de quinze ans: la chose était présentée comme toute naturelle, et même assez touchante. Le second jour, il lut dans le même journal une nouvelle sur un père et son fils, âgé de douze ans, qui couchaient avec la même fille. Le troisième jour, il lut une nouvelle sur un frère, qui couchait avec sa sœur. Le quatrième, sur deux sœurs qui couchaient ensemble. Le cinquième... Le cinquième, il jeta le journal, avec un haut-le-cœur, et dit à Sylvain Kohn:
—Ah! ça, qu'est-ce que vous avez? Vous êtes malades?
Sylvain Kohn se mit à rire, et dit:
—C'est de l'art.
Christophe haussa les épaules:
—Vous vous moquez de moi.
Kohn rit de plus belle:
—En aucune façon. Voyez plutôt.