—Quand donc? demanda-t-il. Après la révolution sociale?
—La révolution? dit-elle. Oh! bien, il passera de l'eau sous le pont, avant. Je ne crois pas à ces bêtises. Tout sera toujours de même.
—Alors, quand est-ce qu'on sera pareils?
—Après la mort, bien sûr! Il ne reste rien de personne.
Il fut bien étonné de ce matérialisme tranquille. Il n'osa pas lui dire:
—Est-ce que ce n'est pas affreux, en ce cas, si l'on n'a qu'une vie, qu'elle soit comme la vôtre, tandis qu'il y a d'autres gens qui sont heureux?
Mais elle sembla avoir deviné ce qu'il pensait; elle continua, avec un flegme résigné et un peu ironique:
—Il faut bien se faire une raison. Tout le monde ne peut pas tirer le gros lot. On est mal tombé: tant pis!
Elle ne songeait même pas à chercher hors de France (comme on le lui avait offert en Amérique) une place qui lui rapportât davantage. L'idée de quitter le pays ne pouvait entrer dans sa tête. Elle disait:
—C'est partout que les pierres sont dures.