—Non pas, faisait-il en riant, c'est vrai. Réfléchissez à ce qu'il dit. Est-ce que ce n'est pas juste, ici?
(Il montrait son cœur.)
Mais elle secouait la tête:
—Peut-être bien; mais c'est faux, là.
(Elle se tirait l'oreille.)
Elle se montrait aussi choquée par les grands sauts de voix de la déclamation allemande:
—Pourquoi est-ce qu'il parle si fort? demandait-elle. Il est tout seul. Est ce qu'il ne craint pas que ses voisins ne l'entendent? Il a l'air... (Pardon! vous ne vous fâcherez pas?)... il a l'air de héler un bateau.
Il ne se lâchait pas; il riait de bon cœur, et reconnaissait qu'il y avait là du vrai. Ces observations l'amusaient; personne ne les lui avait encore faites. Ils convinrent que la déclamation chantée déforme le plus souvent la parole naturelle, à la façon d'un verre grossissant. Corinne demanda à Christophe d'écrire pour elle la musique d'une pièce, où elle parlerait sur l'accompagnement de l'orchestre, avec quelques phrases chantées de temps en temps. Il s'enflamma pour cette idée, malgré les difficultés de réalisation scénique, que la voix musicale de Corinne lui semblait propre à surmonter; et ils firent des projets pour l'avenir.
Il n'était pas loin de cinq heures, quand ils pensèrent à sortir. À cette saison, la nuit tombait tôt. Il ne pouvait plus être question de se promener. Le soir, Corinne avait répétition au théâtre; personne n'y pouvait assister. Elle lui fit promettre de revenir la prendre dans l'après-midi du lendemain, pour faire la promenade projetée.
Le lendemain, la même scène faillit se renouveler. Il trouva Corinne devant son miroir, juchée sur un haut tabouret, les jambes pendantes: elle essayait une perruque. Il y avait là son habilleuse et un coiffeur à qui elle faisait des recommandations au sujet d'une boucle qu'elle voulait plus relevée. Tout en se regardant dans la glace, elle y regardait Christophe, qui souriait derrière son dos: elle lui tira la langue. Le coiffeur partit avec la perruque, et elle se retourna gaiement vers Christophe: