L'Altesse n'écoutait pas, et poursuivait avec emportement:

—Taisez-vous! Je ne me laisserai pas insulter par un drôle.

Christophe, blêmissant, luttait contre sa gorge contractée, qui refusait de parler. Il fit un effort, et cria:

—Altesse, vous n'avez pas le droit... vous n'avez pas le droit vous-même de m'insulter, sans me dire ce que j'ai fait.

Le grand-duc se tourna vers son secrétaire, qui sortit un journal de sa poche et qui le lui tendit. Il était dans un état d'exaspération, que son humeur colérique ne suffisait pas à expliquer: les fumées de vins trop généreux y avaient aussi leur part. Il vint se planter devant Christophe, et, comme un toréador avec sa cape, il lui agita furieusement devant la figure le journal déplié et froissé, en criant:

—Vos ordures, Monsieur!... Vous mériteriez qu'on vous y mît le nez!

Christophe reconnut le journal socialiste:

—Je ne vois pas ce qu'il y a de mal, dit-il.

—Quoi! quoi! glapit le grand-duc. Vous êtes d'une impudence!... Ce journal de gredins, qui m'insultent journellement, qui vomissent contre moi des injures immondes!...

—Monseigneur, dit Christophe, je ne l'avais pas lu.