Il avait deux amis, comme lui mélomanes, à qui il avait réussi à communiquer son enthousiasme pour Christophe: le juge Samuel Kunz, et le dentiste Oscar Pottpetschmidt, qui était un chanteur excellent. Les trois vieux camarades avaient souvent parlé de Christophe, ensemble; et ils avaient joué toute la musique de lui qu'ils avaient pu trouver. Pottpetschmidt chantait, Schulz accompagnait, et Kunz écoutait. Et ils s'extasiaient ensuite pendant des heures. Combien de fois avaient-ils dit, quand ils faisaient de la musique:

—Ah! si Krafft était là!

Schulz riait tout seul, dans la rue, de la joie qu'il avait et de celle qu'il allait faire. La nuit venait; et Kunz habitait dans un petit village, à une demi-heure de la ville. Mais le ciel était clair: c'était un soir d'avril très doux; les rossignols chantaient. Le vieux Schulz avait le cœur inondé de bonheur; il respirait sans oppression, et il avait des jambes de vingt ans. Il marchait allègrement, sans prendre garde aux pierres, contre lesquelles il butait dans l'ombre. Il se rangeait gaillardement sur le côté de la route, à l'arrivée des voitures, et il échangeait un joyeux salut avec le conducteur, qui le considérait avec étonnement, quand la lanterne éclairait en passant le vieillard grimpé sur le talus du chemin.

La nuit était complète, lorsqu'il arriva à la maison de Kunz, à l'entrée du village, dans un petit jardin. Il tambourina à sa porte, et l'appela à tue-tête. Une fenêtre s'ouvrit, et Kunz, effaré, parut. Il essayait de voir dans l'obscurité, et demanda:

—Qui est là? Qu'est-ce qu'on me veut?

Schulz, essoufflé et joyeux, criait:

—Krafft... Krafft vient demain...

Kunz n'y comprenait rien; mais il reconnut la voix:

—Schulz!... Comment! À cette heure? Qu'y a-t-il?

Schulz répéta: