Depuis un moment, il la regardait, si changée, le visage à la fois tiré et bouffi, une souffrance muette, que rendait plus poignante son sourire résigné; et ce silence, cette solitude autour... Il avait le cœur transpercé...

Elle le vit. Elle ne fut pas étonnée. Elle sourit d'un sourire ineffable. Elle ne pouvait ni lui tendre les bras, ni dire une seule parole. Il se jeta à son cou, il l'embrassa, elle l'embrassa; de grosses larmes coulaient sur ses joues. Elle dit tout bas:

—Attends...

Il vit qu'elle suffoquait.

Ils ne firent aucun mouvement. Elle lui caressait la tête avec ses mains; et ses larmes continuaient de couler. Il lui baisait les mains, sanglotant, la figure, cachée dans les draps.

Quand son angoisse fut passée, elle essaya de parler. Mais elle ne parvenait plus à trouver ses mots; elle se trompait, et il avait peine à comprendre. Qu'est-ce que cela faisait? Ils s'aimaient, ils se voyaient, ils se touchaient: c'était l'essentiel.—Il demanda avec indignation pourquoi on la laissait seule. Elle excusa la garde:

—Elle ne pouvait pas toujours être là: elle avait son travail...

D'une voix faible, entrecoupée, qui ne parvenait pas à articuler toutes les syllabes, elle fit hâtivement une petite recommandation au sujet de sa tombe. Elle chargea Christophe de sa tendresse pour ses deux autres fils, qui l'avaient oubliée. Elle eut un mot aussi pour Olivier, dont elle savait l'affection pour Christophe. Elle pria Christophe de lui dire qu'elle lui envoyait sa bénédiction—(elle se reprit bien vite, timidement, pour employer une formule plus humble)—«sa respectueuse affection»...

Elle suffoqua de nouveau. Il lai soutint assise sur son lit. La sueur coulait sur son visage. Elle se forçait à sourire. Elle se disait qu'elle n'avait plus rien à demander au monde, maintenant qu'elle avait la main dans la main de son fils.

Et Christophe sentit brusquement cette main se crisper dans la sienne. Louisa ouvrit la bouche. Elle regarda son fils, avec une tendresse infinie.—Et elle passa.