Christophe crut très habile de profiter de l'interview que lui faisait subir le reporter d'un autre journal, pour protester de son amour pour le Deutsches Reich, où l'on était, disait-il, pour le moins aussi libre qu'en République française.—Il parlait au représentant d'un journal conservateur, qui lui prêta sur-le-champ des déclarations anti-républicaines.

—De mieux en mieux! dit Christophe. Ah! ça, qu'est-ce que ma musique a à faire avec la politique?

—C'est l'habitude chez nous, dit Olivier. Regarde les batailles qui se livrent sur le dos de Beethoven. Les uns font de lui un jacobin, les autres un calotin, ceux-là un Père Duchesne, ceux-ci un valet de prince.

—Ah! comme il leur flanquerait à tous son pied au cul!

—Eh bien, fais de même.

Christophe en avait bien envie. Mais il était trop bon garçon avec ceux qui étaient aimables pour lui. Olivier n'était jamais rassuré, quand il le laissait seul. Car on venait toujours l'interviewer; et Christophe avait beau promettre de se surveiller: il ne pouvait s'empêcher d'être expansif. Il disait tout ce qui lui passait par la tête. Il arrivait des journalistes femelles, qui se disaient ses amies et le faisaient causer de ses aventures sentimentales. D'autres se servaient de lui pour dire du mal de tel ou tel. Quand Olivier rentrait, il trouvait Christophe tout penaud.

—Encore quelque bêtise? demandait-il.

—Toujours, disait Christophe, atterré.

—Tu es donc incorrigible!

—Je suis bon à enfermer... Mais cette fois, je te jure, c'est la dernière.