Marthe répondait:
—Ce n'est rien.
Mais voici qu'elle cessait même de venir au dîner hebdomadaire chez les Langeais. Jacqueline, indignée, alla lui en faire des reproches amers.
—Ma chérie, disait doucement Marthe, je suis un peu fatiguée.
Mais Jacqueline ne voulait rien entendre. Mauvais prétexte!
—Belle fatigue, de venir chez nous, deux heures par semaine! Tu ne m'aimes pas. Tu n'aimes que le coin de ton feu.
Mais quand elle raconta chez elle, toute fière, son algarade, Langeais la tança vertement:
—Laisse ta tante tranquille! Tu ne sais donc pas que la pauvre femme est très malade!
Jacqueline pâlit; et, d'une voix tremblante, elle demanda ce qu'avait la tante. On ne voulait pas le lui dire. À la fin, elle réussit à savoir que Marthe se mourait d'un cancer à l'intestin; il y en avait pour quelques mois.
Jacqueline eut des jours d'épouvante. Elle se rassurait un peu, quand elle voyait la tante. Marthe, par bonheur, ne souffrait pas trop. Elle gardait son sourire tranquille, qui, sur son visage diaphane, paraissait le reflet d'une lampe intérieure. Jacqueline se disait: