—Je viens.
Elle se déshabilla, alla baigner ses yeux. Il alluma la lampe. Après quelques minutes, elle rentra dans la chambre. Ils ne se regardaient point. Ils savaient qu'ils avaient pleuré. Et ils ne pouvaient se consoler: car ils savaient pourquoi.
Vint un moment où ils ne purent plus se cacher leur trouble. Et comme ils ne voulaient pas s'en avouer la cause, ils en cherchèrent une autre, et n'eurent point de peine à la trouver. Ils accusèrent l'ennui de la vie de province. Ce leur fut un soulagement. M. Langeais, mis au courant par sa fille, ne fut pas trop surpris qu'elle commençât à se fatiguer de l'héroïsme. Il usa de ses amitiés politiques, et obtint la nomination de son gendre à Paris.
Quand la bonne nouvelle arriva, Jacqueline sauta de joie et recouvra tout son bonheur passé. Maintenant qu'ils allaient le quitter, le pays ennuyeux leur parut amical; ils y avaient semé tant de souvenirs d'amour! Ils occupèrent les dernières journées à en rechercher les traces. Une tendre mélancolie s'exhalait de ce pèlerinage. Ces calmes horizons les avaient vus heureux. Une voix intérieure leur murmurait:
—Tu sais ce que tu laisses. Sais-tu ce que tu vas trouver? Jacqueline pleura, la veille de son départ. Olivier lui demanda pourquoi. Elle ne voulait pas parler. Ils prirent une feuille de papier, et s'écrivirent, comme ils avaient coutume, quand le son des paroles leur faisait peur:
—Mon cher petit Olivier...
—Ma chère petite Jacqueline...
—Ça m'ennuie m'en aller.
—M'en aller d'où?
—D'où nous nous sommes aimés.