Elle dit encore:
—Vous vous êtes sacrifié à lui. Si du moins votre sacrifice servait à celui qu'on aime! Mais il n'en est pas plus heureux!
—Je ne me suis pas sacrifié, dit Christophe avec colère. Et si je me sacrifie, c'est que cela me fait plaisir. Il n'y a pas à discuter. On fait ce qu'on doit faire. Si on ne le faisait pas, c'est pour le coup qu'on serait malheureux! Rien de stupide comme ce mot de sacrifice! Je ne sais quels clergymen, avec leur pauvreté de cœur, y ont mêlé une idée de tristesse protestante, morose et engoncée. Il semble que pour qu'un sacrifice soit bon, il faut qu'il soit embêtant... Au diable! Si un sacrifice est une tristesse pour vous, non une joie, ne le faites pas, vous n'en êtes pas digne. Ce n'est pas pour le roi de Prusse qu'on se sacrifie, c'est pour soi. Si vous ne sentez pas le bonheur qu'il y a à vous donner, allez vous promener! Vous ne méritez pas de vivre.
Mme Arnaud écoutait Christophe, sans oser le regarder. Brusquement, elle se leva, et dit:
—Adieu.
Alors, il pensa qu'elle était venue pour lui confier quelque chose; et il dit:
—Oh! pardon, je suis un égoïste, je ne parle que de moi. Restez encore, voulez-vous?
Elle dit:
—Non, je ne peux pas... Merci...
Elle partit.