—Au secours!
La concierge grimpa l'escalier, et, quand elle vit ce qui était, elle courut chez un médecin du voisinage. Mais lorsque le médecin arriva, il ne put que constater que c'était fini. La mort avait été immédiate,—heureusement pour Mme Jeannin;—(mais qui pouvait savoir ce qu'elle avait eu encore le temps de penser, dans ses dernières secondes, en se voyant mourir, et en laissant ses enfants dans la misère, seuls!...)
Seuls pour porter l'horreur de la catastrophe, seuls pour pleurer, seuls pour veiller aux soins affreux qui suivent la mort. La concierge, bonne femme, les aidait un peu; et, du couvent, où Mme Jeannin donnait des leçons, vinrent quelques paroles de froide sympathie.
Les premiers moments furent d'un désespoir, que rien ne peut exprimer. La seule chose qui les sauva fut l'excès même de ce désespoir, qui fit tomber Olivier dans de véritables convulsions. Antoinette en fut distraite de sa propre souffrance; elle ne pensa plus qu'à son frère; et son profond amour pénétra Olivier, l'arracha aux dangereux transports, où la douleur l'eût entraîné. Enlacés l'un à l'autre, près du lit où reposait leur mère, à la lueur d'une veilleuse, Olivier répétait qu'il fallait mourir, mourir tous deux, mourir tout de suite; et il montrait la fenêtre. Antoinette sentait aussi ce désir funeste; mais elle luttait contre: elle voulait vivre...
—À quoi bon?
—Pour elle, dit Antoinette—(elle montrait sa mère).—Elle est toujours avec nous. Pense... Après tout ce qu'elle a souffert pour nous, il faut lui épargner la pire des douleurs, celle de nous voir mourir malheureux... Ah! (reprit-elle, avec emportement)... Et puis, il ne faut pas se résigner ainsi! Je ne veux pas! Je me révolte, à la fin! Je veux que tu sois heureux un jour!
—Jamais!
—Si, tu seras heureux. Nous avons eu trop de malheur. Cela changera; il le faut. Tu te feras ta vie, tu auras une famille, tu auras du bonheur, je le veux, je le veux!
—Comment vivre? Nous ne pourrons jamais...
—Nous pourrons. Que faut-il? Vivre jusqu'à ce que tu puisses gagner ta vie. Je m'en charge. Tu verras, je saurai. Ah! si maman m'avait laissé faire, j'aurais pu déjà...