Il lut posément à Christophe le texte du traité, que Christophe avait signé sans le lire,—duquel il résultait, selon la règle ordinaire des traités que souscrivaient alors les éditeurs de musique,—«que M. Hecht était subrogé dans tous les droits, moyens et actions de l'auteur, et avait, à l'exclusion de tout autre, le droit d'éditer, publier, graver, imprimer, traduire, louer, vendre à son profit, sous telle forme qu'il lui plaisait, faire exécuter dans les concerts, cafés-concerts, bals, théâtres, etc... l'œuvre dite, publier tout arrangement de l'œuvre pour quelque instrument et même avec paroles, ainsi que d'en changer le titre... etc. etc.»[7].
—Vous voyez, lui dit-il, que je suis fort modéré.
—Évidemment, dit Christophe, je dois vous remercier. Vous auriez pu faire de mon septuor une chanson de café-concert.
Il se tut, consterné, la tête entre les mains.
—J'ai vendu mon âme, répétait-il.
—Soyez sûr, dit Hecht ironiquement, que je n'en abuserai pas.
—Et votre République, fit Christophe, autorise ces trafics! Vous dites que l'homme est libre. Et vous vendez la pensée à l'encan.
—Vous avez touché le prix, dit Hecht.
—Trente deniers, oui, fit Christophe. Reprenez-les.
Il fouillait dans ses poches pour rendre à Hecht les trois cents francs. Mais il ne les avait pas. Hecht sourit légèrement, avec un peu de dédain. Ce sourire enragea Christophe.