—Pauvre petite! Pauvre petite! répétait Christophe.

Ils pleurèrent tous deux.

Christophe se ressouvint qu'Olivier était souffrant. Il tâcha de le calmer, l'obligea à rentrer ses bras dans le lit, lui ramena les draps sur les épaules, et, lui essuyant maternellement les yeux, il s'assit à son chevet; et il le regarda.

—Voilà donc, dit-il, pourquoi je te connaissais. Dès le premier soir, je t'avais reconnu.

(On ne savait s'il parlait à l'ami qui était là, ou à celle qui n'était plus.)

—Mais toi, continua-t-il, après un moment, tu le savais?... Pourquoi ne me le disais-tu pas?

Par les yeux d'Olivier, Antoinette répondit:

—Je ne pouvais pas le dire. C'était à toi de le lire.

Ils se turent, quelque temps; puis, dans le silence de la nuit, Olivier, immobile, étendu dans son lit, à voix basse raconta à Christophe, qui lui tenait la main, l'histoire d'Antoinette;—mais il ne lui dit pas ce qu'il ne devait pas dire: le secret qu'elle avait tu,—et que Christophe savait peut-être.

Dès lors, l'âme d'Antoinette les enveloppa tous deux. Quand ils étaient ensemble, elle était avec eux. Il n'était pas nécessaire qu'ils pensassent à elle: tout ce qu'ils pensaient ensemble, ils le pensaient en elle. Son amour était le lieu où leurs cœurs s'unissaient.