—Mais si, papa, répondit-elle, cela me ferait plaisir.

Le commandant se tut, et feignit de n'avoir pas entendu. Il était beaucoup moins insensible à l'influence de Christophe qu'il ne voulait le paraître. Son étroitesse de jugement et sa violence ne l'empêchaient point d'avoir de la droiture et le cœur généreux. Il aimait Christophe, il aimait sa franchise et sa santé morale, il avait souvent le regret que Christophe fût un Allemand. Il avait beau s'emporter dans les discussions avec lui: il cherchait ces discussions; et les arguments de Christophe le travaillaient. Il se fût bien gardé de le reconnaître. Mais un jour, Christophe le trouva lisant attentivement un livre qu'il refusa de lui laisser voir. En reconduisant Christophe, Céline, seule avec lui, dit:

—Savez-vous ce qu'il lisait? Un livre de M. Weil.

Christophe fut heureux.

—Et qu'est-ce qu'il en dit?

—Il dit: «Cet animal!...» Mais il ne peut s'en détacher.

Christophe ne fit aucune allusion au fait, quand il revit le commandant. Ce fut celui-ci qui lui demanda:

—D'où vient que vous ne me rasez plus avec votre Juif?

—Parce que ce n'est plus la peine, dit Christophe.

—Pourquoi? demanda le commandant, agressif.