—Oui, tout cela, c'est qu'au fond vous n'aimez pas assez.

Elle sourit aussi, gentiment, un peu mélancolique. Elle dit, avec un soupir:

—Peut-être. Vous avez raison. Je ne suis plus toute jeune, mon ami. Je suis lasse. La vie use, quand on n'est pas très fort, comme vous... Oh! vous, il y a des moments, quand je vous regarde, vous avez l'air d'un gamin de dix-huit ans.

—Hélas! avec cette vieille tête, ces rides, ce teint flétri!

—Je sais bien que vous avez souffert, autant que moi, peut-être plus. Je le vois. Mais vous me regardez quelquefois, avec des yeux d'adolescent; et je sens sourdre de vous un flot de vie toute fraîche. Moi, je me suis éteinte. Quand je pense, hélas! a mon ardeur d'autrefois! Comme dit l'autre, c'était le bon temps alors, j'étais bien malheureuse! À présent, je n'ai plus assez de force pour l'être. Je n'ai qu'un filet de vie. Je ne serais plus assez téméraire pour oser l'épreuve du mariage. Ah! autrefois, autrefois!... Si quelqu'un que je connais m'avait fait signe!...

—Eh bien, eh bien, dites...

—Non, ce n'est pas la peine...

—Ainsi, autrefois, si j'avais... Oh! mon Dieu!

—Quoi! si vous aviez? Je n'ai rien dit.

—J'ai compris. Vous êtes cruelle.