—C'est vous qui n'auriez pas eu de chance...

Impossible de résister à son air enjôleur.

—Et dis-moi, grand voyageur, fit Christophe, connais-tu mon pays?

—Oui.

—Je suis sûr que tu ne sais pas un mot d'allemand.

—Je sais très bien, au contraire.

—Voyons un peu.

Ils se mirent à causer en allemand. Le petit baragouinait, d'une façon incorrecte, mais avec un aplomb drôlatique; très intelligent, d'un esprit éveillé, il devinait plus qu'il ne comprenait; il devinait souvent, de travers; il était le premier à rire de ses bévues. Il racontait ses voyages, ses lectures, avec entrain. Il avait beaucoup lu, hâtivement, superficiellement, en passant la moitié des pages, en inventant ce qu'il n'avait pas lu, mais toujours talonné par une curiosité vive et fraîche, qui cherchait partout des raisons d'enthousiasme. Il sautait d'un sujet à l'autre; et sa figure s'animait, en parlant de spectacles ou d'œuvres qui l'avaient ému. Ses connaissances étaient sans aucun ordre. On ne savait pas comment il avait lu un livre de dixième rang, et ignorait tout des œuvres les plus célèbres.

—Tout cela est très gentil, dit Christophe. Mais tu n'arriveras à rien, si tu ne travailles pas.

—Oh! je n'en ai pas besoin. Nous sommes riches.