—Je ne promets rien du tout, dit Georges. Je fais ce qui me plaît.

—Je te le défends, entends-tu. Si tu recommences, je ne veux plus te voir, je te désavoue dans les journaux, je te...

—Tu me déshérites, c'est entendu.

—Voyons, Georges, je t'en prie... À quoi cela sert-il?

—Mon bon vieux, tu vaux mille fois mieux que moi, et tu sais infiniment plus de choses; mais pour ces canailles-là, je les connais mieux que toi. Sois tranquille, cela servira; ils tourneront maintenant plus de sept fois dans leur bouche leur langue empoisonnée, avant de t'injurier.

—Eh! que me font ces oisons? Je me moque de ce qu'ils peuvent dire.

—Mais moi, je ne m'en moque pas. Mêle-toi de ce qui te regarde!

Dès lors, Christophe fut dans des transes qu'un article nouveau n'éveillât la susceptibilité de Georges. Il y avait quelque comique à le voir, les jours qui suivirent, s'attabler au café et dévorer les journaux, lui qui ne les lisait jamais, tout prêt, au cas où il y eût trouvé un article injurieux, à faire n'importe quoi (une bassesse, au besoin), pour empêcher que ces lignes ne tombassent sous les yeux de Georges. Après une semaine, il se rassura. Le petit avait raison. Son geste avait donné à réfléchir, pour le moment, aux aboyeurs.—Et Christophe, tout en bougonnant contre le jeune fou qui lui avait fait perdre huit jours de travail, se disait qu'après tout il n'avait guère le droit de lui faire la leçon. Il se souvenait de certain jour, il n'y avait pas si longtemps, où lui-même s'était battu, à cause d'Olivier. Et il croyait entendre Olivier, qui disait:

—Laisse, Christophe, je te rends ce que tu m'as prêté!

Si Christophe prenait aisément son parti des attaques contre lui, un autre était fort loin de ce désintéressement ironique. C'était Emmanuel.