Christophe alla se rasseoir dans le fauteuil où il était avant l'arrivée de Georges; près de la fenêtre, la tête appuyée contre le dossier, il regardait les toits en face et le ciel rouge du soir. Il ne s'occupait pas de Georges. Le jeune homme faisait semblant de chercher sur la table, en jetant à la dérobée un coup d'œil vers Christophe. Le visage du vieil homme était immobile; les reflets du soleil couchant illuminaient le haut des joues et une partie du front. Georges passa dans la pièce voisine,—la chambre à coucher,—comme pour continuer ses recherches. C'était là que Christophe s'était enfermé tout à l'heure avec la lettre. Elle était encore sur le lit non défait, qui portait l'empreinte d'un corps. Par terre, sur le tapis, un livre avait glissé. Il était resté ouvert, sur une page froissée. Georges le ramassa et lut, dans l'Évangile, la rencontre de Madeleine avec le Jardinier.
Il revint dans la première pièce, remua quelques objets, à droite, à gauche, pour se donner une contenance, regarda de nouveau Christophe qui n'avait pas bougé. Il eût voulu lui dire combien il le plaignait. Mais Christophe était si lumineux que Georges sentit que toute parole eût été déplacée. C'était lui qui aurait eu plutôt besoin de consolations. Il dit timidement:
—Je m'en vais.
Christophe, sans tourner la tête, dit:
—Au revoir, mon petit.
Georges s'en alla, et ferma la porte sans bruit.
Christophe resta longtemps ainsi. La nuit vint. Il ne souffrait point, il ne méditait point. Aucune image précise. Il était comme un homme fatigué, qui écoute une musique indistincte, sans chercher à la comprendre. La nuit était avancée, quand il se leva, courbaturé. Il se jeta sur son lit, et s'endormit, d'un sommeil lourd. La symphonie continuait de bruire.
Et voici qu'il la vit, elle, la bien-aimée... Elle lui tendait les mains, et souriait, disant:
—Maintenant, tu as passé la région du feu.
Alors, son cœur se fondit. La paix remplissait les espaces étoilés, où la musique des sphères étendait ses grandes nappes immobiles et profondes...