—Non? s’exclamait la crédule Annette.

—Je suivais tes mouvements. Je voyais tout. Tout. Tu parlais en marchant.

—Ce n’est pas vrai! ce n’est pas vrai! protesta Annette. Ah! la petite menteuse!...

Leurs deux bras se serrèrent. Elles se mirent à bavarder des courses qu’elles venaient de faire. Elles étaient toutes joyeuses. Au milieu d’un récit passionnant d’une Exposition de blanc, au Bon Marché, où l’une était allée, où l’autre devait aller,—dans le vacarme d’une rue qu’elles traversaient, se glissant entre les voitures, avec le sûr instinct de deux petites Parisiennes, Sylvie murmura à l’oreille d’Annette:

—Tu ne m’as pas embrassée!...

Un mouvement brusque d’Annette faillit les faire écraser. En abordant le trottoir, sans cesser de marcher, leurs deux becs se joignirent... Elles allaient maintenant, plus étroitement serrées, dans une rue plus calme, qui menait... Où menait-elle?...

—Où est-ce que nous allons?

Elles s’arrêtèrent, amusées de constater que, dans leur bavardage, elles s’étaient égarées. Sylvie, agrippant Annette, dit:

—Déjeuner ensemble.

Annette se défendait,—(l’imprévu la charmait, mais la gênait un peu: elle était méthodique),—parlant de sa vieille tante, qui là-bas l’attendait. Mais Sylvie ne s’embarrassait pas de ces menus détails: elle s’était emparée d’Annette, et ne la lâcherait pas. Elle la fit téléphoner d’un bureau à la tante, et elle l’emmena dans une crémerie de sa connaissance. Ce fut pour les deux jeunes filles, et surtout pour Annette, une partie de plaisir, ce petit déjeuner que Sylvie tenait à offrir à sa sœur plus fortunée: (celle-ci l’avait compris). Annette trouvait tout exquis. Elle s’extasiait sur le pain, sur la côtelette bien cuite. Et il y eut, à la fin, des fraises dans de la crème, dont elles se régalèrent, à petits coups de langue.