On était aux approches du Dimanche de la Passion. Les Brissot invitèrent Annette à passer chez eux, dans leur propriété de Bourgogne, les semaines de Pâques. Annette accepta, à regret; elle était tentée, et elle avait peur: peur d’ajouter aux chaînes qui déjà la liaient; peur d’être prise tout à fait, ou bien de tout briser; peur d’autres choses encore, plus dangereuses, qu’elle ne voulait pas regarder. Elle ne tenait pas à sortir de l’état d’incertitude amoureuse où elle se laissait bercer: elle en souffrait un peu, et elle y trouvait du charme. Elle eût voulu le prolonger. Mais elle savait bien que ce n’était pas sain, et qu’elle n’en avait pas le droit, vis-à-vis de Roger.

Elle se décida enfin à s’ouvrir de ses inquiétudes à Sylvie. Jamais elle ne lui avait dit un mot de son amour pour Roger. Pourtant, elle lui confiait tout: de tous les autres jeunes hommes, elle lui parlait souvent... Oui, mais les autres jeunes hommes, elle ne les aimait pas! Et le nom de Roger avait été tenu de côté.

Sylvie s’exclama, l’appela: «Cachottière!» et elle rit follement quand Annette essaya de lui expliquer son indécision, ses scrupules, ses tourments.

—Enfin, demanda-t-elle, ton oiseau, il est beau?

—Oui, répondit Annette.

—Il t’aime?

—Oui.

—Et tu l’aimes?

—Je l’aime.

—Eh bien, alors, qu’est-ce qui peut t’arrêter?