Annette en convint, contrite.
—C’est malheureux, tout de même!... Je voudrais être comme toi. Tu as de la chance!
—Changeons! Passe-moi la tienne! dit Sylvie.
Annette n’avait aucune envie de changer.—Sylvie la quitta réconfortée.
Tout de même, Annette ne se comprenait pas! Elle était intriguée.
—Curieux! se disait-elle, je veux tout donner. Et je veux tout garder!...
Le lendemain,—c’était la veille du départ—tandis qu’achevant ses préparatifs, elle recommençait de se tourmenter, une singulière visite vint ajouter à ses inquiétudes, en les lui rendant plus claires. Marcel Franck se fit annoncer.
Après quelques paroles d’aimable courtoisie, il fit allusion aux fiançailles d’Annette, dont Roger ne faisait pas mystère. Il la félicita avec gentillesse; son ton et ses yeux étaient doucement ironiques, affectueux. Annette se sentait très à l’aise avec lui, comme avec un ami perspicace, à qui l’on n’a pas besoin de tout dire, ou de rien cacher: car on se comprend à demi-mot. Ils parlèrent de Roger, que Marcel Franck enviait, en souriant. Annette savait qu’il disait vrai, et qu’il était amoureux. Mais il n’y avait aucun trouble entre eux. Elle l’interrogea sur Roger, qu’il connaissait intimement. Marcel en fit l’éloge; mais comme elle insistait pour qu’il en parlât d’une façon moins banale, Marcel, en plaisantant, dit que c’était inutile qu’il lui décrivît Roger, car elle le connaissait tout aussi bien que lui. Et, en parlant ainsi, il la fixait d’un regard si pénétrant qu’un moment interdite, elle détourna les yeux. Puis, le fixant à son tour, elle retrouva son fin sourire, qui montrait qu’on s’était compris. Ils causèrent quelque temps de choses indifférentes, que brusquement Annette interrompit, préoccupée:
—Parlez-moi franchement, dit-elle. Vous trouvez que j’ai tort?
—Je ne vous donnerai jamais tort, dit-il.