La Suisse revendique le droit des peuples et la pensée démocratique contre l'impérialisme, qui est, au fond, une réaction aristocratique. L'impérialisme se sert de la démocratie; mais il l'asservit; il ruine les piliers démocratiques des Etats modernes; il centralise toutes les forces dans les mains d'un gouvernement: «nous revivons l'âge des dictateurs; et il y a une ironie tragique dans ce temps où tout le monde parle de liberté et où tout le monde est asservi». Sus à l'impérialisme, «qui fait dévier les peuples de leurs destinées»!
«Peu importe la petitesse de notre pays, en face de son droit et de sa vérité... Nous savons que tout ce qu'a fait jusqu'à présent la Suisse nouvelle est très insuffisant... Mais un feu sacré se rallume en elle... La Suisse est un chemin vers l'avenir... Nous ressentons ce sentiment sublime, qui nous lie, d'être les porteurs d'une grande vérité.» (Schmidhauser.)
CINQUIÈME PARTIE
La mission de la Suisse
«La Suisse, dit Clottu, ne peut être grande que par un principe. Les seules conquêtes qui lui soient permises sont celles de l'idée.»
Il ne s'agit pas seulement du devoir de l'élite intellectuelle. Il s'agit de la communauté du peuple entier, au service duquel ces jeunes gens prétendent travailler. Ce qu'il faut, c'est un nouvel esprit, une foi agissante. La guerre a montré la faiblesse de caractère de la Suisse. Et il y a quelque chose d'émouvant dans la honte que ressent cette loyale jeunesse devant l'attitude de son pays, au début de la guerre. Ils souffrent de ses capitulations de conscience. Ils flétrissent avec violence et douleur l'abdication de l'âme suisse au moment de la Belgique envahie, l'absence de toute protestation nationale et publique. Mais aujourd'hui, l'esprit a changé. «Nous avons un mouvement jeune et fort, à qui il ne suffit plus que la Suisse vive, mais qui veut une Suisse qui soit digne de vivre, par sa grandeur morale et le salut qu'elle doit apporter aux autres peuples» (Schmidhauser). «La conscience de ce devoir est de nature à régénérer notre vie nationale» (Thèses genevoises).
Certes, les difficultés pratiques sont immenses, et l'on ne peut en détourner les yeux. La Suisse est menacée d'un double écrasement: militaire et économique. Le sort de la Belgique et de la Grèce est là pour l'avertir. Elle ne peut renoncer à son armée, qui lui est une garde nécessaire pour l'idéal qu'elle représente. Mais cette armée ne suffit pas, ne peut pas suffire, quelle que soit sa valeur, contre l'oppression économique, qui est le produit de tout le système social actuel. On en arrive à cette constatation fatale: si l'impérialisme capitaliste persiste, la Suisse est condamnée, car elle ne peut pas, elle ne doit pas pactiser avec un des groupes de puissances: ce serait son arrêt de mort. «Son existence est liée à la victoire des pensées de solidarité supranationale, de socialisme universel, d'individualisme universel, de démocratisme universel». Et Grob affirme hardiment: «A l'immoralisme impérialiste avec sa devise: «Notre intérêt est notre droit», nous opposons: «Le droit est notre intérêt».
Quelles sont les tâches propres de la Suisse?
Elle en a trois principales: le socialisme universel; l'individualisme universel; le démocratisme universel.
1º Le socialisme universel.—On en trouve les germes dans l'union supranationale qui est l'essence de la Suisse. Mais les jeunes Zofingiens ne se font pas illusion; ils dénoncent fermement leurs fautes: «Nous sommes loin d'être un peuple de frères... Notre peuple est divisé et déchiré par des égoïsmes et des impérialismes... Car l'impérialisme peut être le fait de tout homme fort qui abuse de sa richesse et de sa force» (A. de Mestral). Il faut combattre résolument ce fléau. Comment? «En luttant directement contre le capitalisme» dit l'un (Alexandre Jaques, de Lausanne). «En organisant la solidarité», dit l'autre (Ernest Gloor, de Lausanne). Mais la Suisse se voit liée, de gré ou de force, au système social des autres Etats, «au système international d'impérialisme économique, le plus misérable de tous les internationalismes». Le devoir catégorique de la Suisse est donc un internationalisme actif de la solidarité sociale. Elle doit s'entendre avec les anti-impérialistes de tout l'univers. «Il faut envisager la formation d'un groupement international organisé pour la lutte contre les principes impérialistes, absolutistes et matérialistes dans tous les pays, simultanément» (Châtenay).