D’autres témoignages vont préciser ce fait.
L’auteur des Entretiens galants, parus en 1681[275], dit:
Le récit des comédiens (français) dans le tragique est une espèce de chant, et vous m’avouerez bien que la Champmeslé ne nous plairait pas tant, si elle avait une voix moins agréable...
Ainsi, dès avant 1680, c’est-à-dire avant la rupture avec Racine, la Champmeslé avait une déclamation chantante: il n’y a aucun doute à ce sujet. Quel était ce chant? Boileau nous le dira:
M. Despréaux, écrit Brossette, nous a parlé de la manière de déclamer, et il a déclamé lui-même quelques endroits, avec toute la force possible. Il a commencé par les endroits du Mithridate de Racine:
Nous nous aimions... Seigneur, vous changez de visage.
Il a jeté une telle véhémence dans ces derniers mots que j’en ai été ému... Il nous a dit que c’était ainsi que M. Racine, qui récitait aussi merveilleusement, le faisait dire à la Champmeslé... Il a dit en même temps que le théâtre demandait de ces grands traits outrés, aussi bien dans la voix, dans la déclamation, que dans le geste[276].
L’abbé Du Bos, plus précis encore, nous donne la notation de Racine dans ce fameux passage de Mithridate, qu’il serinait à la Champmeslé[277]:
Racine, dit-il, avait appris à la Champmeslé à baisser la voix en prononçant les vers suivants, et cela encore plus que le sens ne semble le demander:
... Si le sort ne m’eût donnée à vous,
Mon bonheur dépendoit de l’avoir pour époux.
Avant que votre amour m’eût envoyé ce gage,
Nous nous aimions...