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Il fut heureux, et pourtant nulle existence ne fut plus dure que la sienne. Ce fut une lutte sans répit contre la misère et la maladie. La mort seule y mit un terme,—à trente-cinq ans.—D’où vient donc son bonheur?

Avant tout, de sa foi, intelligente et pure de superstition, mais forte, ferme, et que le doute n’a jamais—non pas même atteinte,—mais effleurée. Elle est calme, paisible, sans passion, sans mysticisme: Credo quia verum[505]. Il écrit à son père mourant:

«Je compte sur de bonnes nouvelles, bien que je me sois fait une habitude de me représenter, en toutes choses, le pire. Comme la mort est le vrai but final de notre vie, je me suis, depuis quelques années, tellement familiarisé avec cette vraie, cette meilleure amie de l’homme, que son image, non seulement n’a plus rien d’effrayant pour moi, mais est même au contraire très calmante et très consolante. Et je remercie mon Dieu de m’avoir accordé le bonheur... Je ne me mets jamais au lit sans penser que le lendemain peut-être je ne serai plus; et pourtant aucun de ceux qui me connaissent ne pourra dire que je sois chagrin ou triste dans ma manière d’être. Je rends grâces à mon Créateur de cette félicité, et je la souhaite de tout mon cœur à mon prochain.» (4 avril 1787.)

Voilà le bonheur dans l’éternité. Quant au bonheur dans cette vie, il le trouve d’abord dans l’amour des siens, et surtout dans son amour pour eux.

«Si je suis seulement assuré que rien ne te manque, écrit-il à sa femme, toute ma peine m’est chère et agréable. Oui! la situation la plus pénible et la plus embrouillée, où je puisse me trouver jamais, ne me sera plus qu’une bagatelle, si je sais que tu es en bonne santé, que tu es gaie.» (6 juillet 1791.)

Mais la grande joie pour lui, c’est de créer.

Chez les génies inquiets et maladifs, la création peut devenir une torture,—l’âpre recherche d’un idéal qui fuit. Chez les génies bien portants, comme Mozart, elle est la joie parfaite, si naturelle, qu’elle semble presque être pour eux une jouissance physique. Pour Mozart, composer et jouer est une fonction aussi indispensable à son hygiène que manger, boire, ou dormir. C’est un besoin, une nécessité—bienheureuse, puisqu’elle se satisfait sans cesse.

C’est ce qu’il faut bien voir, si l’on vent comprendre les passages des lettres relatifs à l’argent.

«Soyez certain que mon seul but est de gagner autant d’argent que possible; car, après la santé, c’est ce qu’il y a de meilleur.» (4 avril 1781.)