Nul doute à avoir sur les intentions de Mozart, quand il écrit un opéra. Il a pris soin de commenter lui-même plusieurs passages d’Idoménée et de l’Enlèvement au sérail. Son intelligente recherche d’analyse psychologique s’y montre nettement:
«Comme la colère d’Osmin[511] augmente toujours, et qu’on s’imagine que l’air est déjà, près de finir, l’Allegro assai qui, est d’un tout autre rythme et dans un ton différent, doit faire le meilleur effet; car un homme emporté par une aussi violente colère dépasse toute règle, toute mesure et toutes bornes; il ne se connaît plus; et, de même, il faut que la musique, elle aussi, ne se connaisse plus.» (26 septembre 1781.)
A propos de l’air: «O wie ängstlich» du même opéra:
«Le cœur qui bat est annoncé d’avance par les violons en octave. On y voit le tremblement, l’irrésolution, on voit se soulever le cœur gonflé, ce qui est exprimé par un crescendo, on entend les chuchotements et les soupirs rendus par les premiers violons en sourdine, et une flûte à l’unisson.» (26 septembre 1781.)
Où s’arrêtera cette recherche de la vérité d’expression?—Ou bien ne s’arrêtera-t-elle jamais? La musique sera-t-elle toujours, pour conserver l’expression de Mozart, comme «les battements du cœur qui se soulève»?—Oui, pourvu que ces palpitations restent toujours harmonieuses.
Parce qu’il est uniquement musicien, Mozart défend à la poésie de commander à la musique, et la fait obéir. Parce qu’il est uniquement musicien, il commande à la situation dramatique elle-même d’obéir à la musique, quand elle menace d’outre-passer les limites que le bon goût lui impose[512].
«Comme les passions, qu’elles soient violentes ou non, ne doivent jamais être exprimées jusqu’au dégoût, la musique, même dans la situation la plus terrible, ne doit jamais offenser l’oreille, mais là encore, la charmer, et enfin rester toujours la Musique.» (26 septembre 1781).
La musique est donc la peinture de la vie, mais d’une vie épurée. Il faut que ses chants, où se reflètent les âmes, charment l’âme, mais sans blesser la chair, sans «offenser l’oreille». La musique est l’expression harmonieuse de la vie[513].
Cela n’est pas seulement vrai des opéras de Mozart, mais de toutes ses œuvres[514]. Sa musique, quoi qu’il semble, ne s’adresse pas aux sens, mais au cœur. Elle exprime toujours un sentiment ou une passion.
Et le plus remarquable, c’est que les sentiments que peint Mozart, souvent ne sont pas les siens, mais ceux d’étrangers qu’il observe. Il ne les sent pas en lui; il les voit chez un autre.—On ne le croirait pas, s’il n’avait pris la peine de le dire lui-même en quelques passages: