Il participait à la vie de la nature, il renaissait au printemps; («Mars et Avril sont mes meilleurs mois pour le travail.»—A Fet, 23 mars 1877), il s'engourdissait à la fin d'automne («C'est pour moi la saison la plus morte, je ne pense pas, je n'écris pas, je me sens agréablement stupide.»—A Fet, 21 octobre 1869).
Mais la nature qui lui parlait intimement au cœur, c'était la nature de chez lui, celle de Iasnaïa. Bien qu'il ait, au cours de son voyage en Suisse, écrit de fort belles notes sur le lac de Genève, il s'y sentait un étranger; et ses liens avec la terre natale lui apparurent alors plus étroits et plus doux:
«J'aime la nature, quand de tous côtés elle m'entoure, quand de tous côtés m'enveloppe l'air chaud qui se répand dans le lointain infini, quand cette même herbe grasse que j'ai écrasée en m'asseyant fait la verdure des champs infinis, quand ces mêmes feuilles qui, agitées par le vent, portent l'ombre sur mon visage, font le bleu sombre de la forêt lointaine, quand ce même air que je respire fait le fond bleu clair du ciel infini, quand je ne suis pas seul à jouir de la nature, quand, autour de moi, bourdonnent et tournoient des millions d'insectes et que chantent les oiseaux. La jouissance principale de la nature, c'est quand je me sens faire partie du tout.—Ici (en Suisse), le lointain infini est beau, mais je suis sans liens avec lui.» (Mai 1857.)
[313] Entretiens avec M. Paul Boyer (Le Temps, 28 août 1901).
De fait, on s'y tromperait souvent. Soit à cette profession de foi de Julie mourante:
«Ce qu'il m'était impossible de croire, je n'ai pu dire que je le croyais, et j'ai toujours cru ce que je disais croire. C'était tout ce qui dépendait de moi.»
A rapprocher de la lettre de Tolstoï au Saint-Synode:
«Il se peut que mes croyances gênent ou déplaisent. Il n'est pas en mon pouvoir de les changer, comme il n'est pas en mon pouvoir de changer mon corps. Je ne puis croire autre chose que ce que je crois, à l'heure où je me dispose à retourner vers ce Dieu, dont je suis sorti.»
Ou bien ce passage de la Réponse à Christophe de Beaumont, qui semble du pur Tolstoï:
«Je suis disciple de Jésus-Christ. Mon Maître m'a dit que celui qui aime son frère a accompli la Loi.»