Et elle a pour pierre angulaire le Sermon sur la Montagne, dont Tolstoï ramène l'enseignement essentiel à cinq commandements:

I.Ne te mets pas en colère.
II.Ne commets pas l'adultère.
III.Ne prête pas serment.
IV.Ne résiste pas au mal par le mal.
V.Ne sois l'ennemi de personne.

C'est la partie négative de la doctrine, dont la partie positive se résume en ce seul commandement:

Aime Dieu et ton prochain comme toi-même.

Le Christ a dit que celui qui aura violé le moindre de ces commandements tiendra la plus petite place dans le royaume des cieux.

Et Tolstoï ajoute naïvement:

Si étrange que cela paraisse, j'ai dû, après dix-huit siècles, découvrir ces règles comme une nouveauté.

Tolstoï croit-il donc à la divinité du Christ?—En aucune façon. A quel titre l'invoque-t-il? Comme le plus grand de la lignée des sages,—Brahmanes, Bouddha, Lao-Tse, Confucius, Zoroastre, Isaïe,—qui ont montré aux hommes le vrai bonheur auquel ils aspirent et la voie qu'il faut suivre[147]. Tolstoï est le disciple de ces grands créateurs religieux, de ces demi-dieux et de ces prophètes hindous, chinois et hébraïques. Il les défend—comme il sait défendre: en attaquant—contre ceux qu'il nomme «les Pharisiens» et «les Scribes»: contre les Églises établies et contre les représentants de la science orgueilleuse, ou plutôt «du philosophisme scientifique[148]». Ce n'est pas qu'il fasse appel à la révélation contre la raison. Depuis qu'il est sorti de la période de troubles que racontent les Confessions, il est et reste essentiellement un croyant en la Raison, on pourrait dire un mystique de la Raison.

«Au commencement était le Verbe, répète-t-il avec saint Jean, le Verbe, Logos, c'est-à-dire la Raison[149]

Son livre De la Vie (1887) porte, en épigraphe, les lignes fameuses de Pascal[150]: