Ma chère Nelly,
Je vous ai promis, dans ma dernière lettre, de vous relater quelques-unes de mes expériences scolaires et je viens tenir ma promesse.
La pension où je fus mise était située à Edmonton. C'était une maison spacieuse qui avait été la propriété d'un gentilhomme et était enclavée dans ses terres. Ce que nous appelions les jardins privés, près de la maison était entouré de hautes murailles pour empêcher toute possibilité d'évasion.
Derrière ces jardins, et limités par un fossé, étaient plusieurs pâturages où l'on mettait les vaches de Miss Flaybum et les chevaux, les jours où ils ne travaillaient pas, c'est-à-dire toute la semaine, car nous ne prenions guère les voitures que le dimanche pour nous rendre le matin et l'après-midi à l'église du village, distante d'environ un mille et demi. Il nous était interdit d'y aller à pied, même par le plus beau soleil. Nous n'occupions pas moins de trois voitures, car la pension comptait à peu près trois douzaines d'élèves et nous formions une vraie procession quand nous franchissions le portail de l'église ; il y avait généralement une certaine affluence pour nous voir arriver et partir. Les plus grandes d'entre nous assuraient que c'était pour voir nos jambes lorsque nous descendions de voiture. Nous ne portions que des bas de soie et de très élégantes bottines pour bien faire valoir nos mollets et, par les temps de pluie, quand nous étions obligées de nous retrousser un peu plus, je perçus plus d'une fois un murmure d'admiration parmi nos spectateurs. Chose qui nous surprenait, ceux-ci étaient surtout des messieurs âgés évidemment désireux de tenir leurs fils hors de la vue de nos charmes, selon le désir, sans doute, de Miss Flaybum.
Il nous était strictement défendu de nous promener sur les routes du village, mais les jours de congés ou de fêtes, ou à certaines occasions, lorsque le temps était beau, nos gouvernantes nous escortaient dans les pâturages ou dans un petit bois de trois ou quatre acres, enfermé dans la propriété, Là, à l'abri de tous regards, nous nous amusions à toutes sortes de jeux.
L'école était très select. On n'y admettait que les filles de l'aristocratie, d'officiers des armées de terre ou de mer. Miss Flaybum était une vieille fille entre deux âges et un martinet réputé. Avant mon entrée dans ce pensionnat, je m'étais imaginé que les mœurs étaient très rigides dans les établissements de ce genre ; mais je vis bientôt que ce n'était vrai qu'en façade, et qu'à l'intérieur, il s'y passait des choses peu rassurantes pour la future moralité des élèves. S'il en était de même dans les autres écoles aristocratiques, je m'explique la décadence de la vertu dans le grand monde à l'époque de ma jeunesse.
La première nuit que je passai dans cette maison (nous couchions par groupe de six dans une belle et large pièce), il n'y avait pas une heure que j'étais au lit avec ma compagne que notre dortoir fut envahi par une douzaine d'élèves qui me tirèrent du lit sous prétexte de me familiariser avec l'établissement.
Elles me jetèrent en travers d'un des lits, me bâillonnèrent avec un mouchoir pour m'empêcher de crier, et chacune m'administra à tour de rôle trois claques sur les fesses nues ; quelques-unes me cinglèrent si bien qu'il me sembla que j'avais reçu la verge.
Laura Sandon, ma compagne de lit, jeune fille de seize ans, très douce et très jolie, me consola et m'assura que toutes les élèves subissaient la même épreuve en entrant. Je lui demandai si la verge était en usage dans l'établissement.
— Ah! je vous crois, répliqua-t-elle, vous êtes mignonne comme un amour et je serais bien fâchée de vous la voir donner. Elle m'embrassa et me caressa le derrière qui me cuisait quelque peu : « Comme il est chaud, tirez les draps pour le rafraîchir », ajouta-t-elle.