Chaque demoiselle s'installa alors, touchant d'une main un lit ou tout autre meuble et comme Clara tournait le dos, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, celles qui étaient placées favorablement s'approchaient avec précaution d'elle et lui donnaient une bonne claque sur les fesses, s'empressant aussitôt de regagner leurs postes. A ce jeu, le derrière de Clara prit bien vite une jolie teinte rose. Si elle réussissait à rendre la claque à celle qui lui avait donnée avant que celle-ci eût remis la main sur son meuble, c'est cette dernière qui prenait à son tour la place de la fouettée.

Nous nous en donnâmes à cœur joie, le bruit des claques dominait nos joyeuses exclamations ; on s'élançait, on s'échappait ; on glissait quelquefois, et, alors, pour varier le divertissement, la maladroite recevait de toutes les joueuses une fessée générale, jusqu'à ce qu'elle se fût relevée. On pourra s'étonner que de tels jeux ne fussent pas interdits par la maîtresse, mais il était de règle de laisser les élèves s'amuser comme elles l'entendaient dans leur dortoir. Au plus fort de nos ébats, la porte s'ouvrit soudain et Mlle Fosse entra en s'écriant : « Ah! les polissonnes, je vous y prends, hors du lit, la lampe allumée, en train de vous fouetter réciproquement et nues comme des vers encore! Miss Flaybum tolère cela, je n'ai rien à dire, mais vous méritez une bonne fessée ; voyons, mademoiselle Coote, que diriez-vous d'une correction avec ceci? Et elle me montra une jolie petite verge faite de longues et fines brindilles, réunies par un ruban bleu. « Cela vous cinglera sans doute plus qu'une fessée à la main?

— Ah mademoiselle, j'en ai tâté d'autres que celle-ci, trois fois plus fortes, au moins ; mon pauvre grand-père était un rude fouetteur, répliquai-je.

Mademoiselle. — Je croyais que les filles n'étaient fouettées qu'à l'école ; vous me raconterez cela tout au long, n'est-ce pas, miss Rosa.

— Bien volontiers, répondis-je, je ne crois pas qu'aucune de vous ait été témoin de pareilles corrections, répondis-je.

Pendant que nous parlions, la belle française s'était rapidement déshabillée ; elle était très brune, avait des cheveux d'ébène, le front assez bas, de grands yeux étincelants, magnifiquement ombragés d'épais sourcils ; sa physionomie avait une expression délicieuse ; elle délaça son corset, exposant dans sa plénitude sa poitrine de neige, ses deux globes fermes avec leur petite pointe brune. Quoique très blanche, sa peau contrastait avec notre carnation rose.

Mademoiselle. — Où est ma robe de chambre? Voyons, Van Tromp, vous avez dû la cacher.

Louise. — Oh! je vous en prie, déshabillez-vous et jouez avec nous. Vous n'aurez pas tout de suite votre robe de chambre.

Mademoiselle. — Si vous me faites jouer avec vous, tant pis pour vos fesses.

Nous l'entourâmes toutes, et bien qu'elle nous opposât un semblant de résistance, elle fut bientôt dépouillée de tous ses vêtements. Nous lui tirâmes même ses bottines et ses bas. Elle était admirablement faite ; âgée d'environ vingt-six ans, potelée à souhait, elle possédait une merveilleuse chevelure qui, flottant maintenant en liberté, tombait en une épaisse cascade plus bas que le dos, lui couvrant complètement le derrière, si bien qu'elle eût pu s'asseoir dessus. Et quant à celle qui ornait son ventre, il est impossible de l'appeler autrement qu'une « forêt noire ». Ce noir buisson frisé s'étendait sur tout son monticule, jusqu'au nombril et pendait de plusieurs pouces entre ses cuisses.