—Je n'extravague point: dans une heure je vous apporte une bouteille de tokay prise dans la cave des empereurs d'Autriche, et d'un tout autre numéro que celle piquette-là.

—Münchhausen! Münchhausen! vous voulez vous moquer de moi, cela ne me plaît point. Je vous ai toujours connu pour un homme raisonnable et véridique, mais vraiment je suis tenté de croire que vous battez la campagne.

—Eh bien! que Votre Hautesse accepte le pari. Si je ne remplis mon engagement,—et vous savez que je suis ennemi juré des hâbleries,—Votre Hautesse sera libre de me faire couper la tête: et ma tête n'est pas une citrouille! Voilà mon enjeu, quel est le vôtre?

—Tope! j'accepte, dit l'empereur. Si au coup de quatre heures la bouteille n'est pas là, je vous ferai couper la tête sans miséricorde: car je n'ai pas l'habitude de me laisser jouer, même par mes meilleurs amis. Par contre, si vous accomplissez votre promesse, vous pourrez prendre dans mon trésor autant d'or, d'argent, de perles et de pierres précieuses que l'homme le plus fort en pourra porter.

—Voilà qui est parler, répondis-je.

Je demandai une plume et de l'encre, et j'écrivis à l'impératrice-reine Marie-Thérèse le billet suivant:

«Votre Majesté a sans doute, en sa qualité d'héritière universelle de l'empire, hérité de la cave de son illustre père. Oserai-je la supplier de remettre au porteur une bouteille de ce tokay dont j'ai bu si souvent avec feu son père? Mais du meilleur, car il s'agit d'un pari! Je saisis cette occasion pour assurer Votre Majesté du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc., etc.

«BARON DE MÜNCHHAUSEN.»