Le trésorier s'inclina le nez jusqu'à terre devant son maître, qui me serra cordialement la main et nous congédia tous deux.
Vous pensez bien que je ne tardai pas une seconde à faire exécuter l'ordre que le sultan avait donné en ma faveur; j'envoyai chercher mon homme fort qui apporta sa grosse corde de chanvre, et me rendis au trésor. Je vous assure que lorsque j'en sortis avec mon serviteur, il n'y restait plus grand'chose. Je courus incontinent avec mon butin au port, où j'affrétai le plus grand bâtiment que je pus trouver, et je fis lever l'ancre, afin de mettre mon trésor en sûreté avant qu'il ne me survint quelque désagrément.
Ce que je craignais ne manqua pas d'arriver. Le trésorier, laissant ouverte la porte du trésor,—il était assez superflu de la refermer,—s'était rendu en toute hâte chez le Grand Seigneur, et lui avait annoncé de quelle façon j'avais profité de sa libéralité. Sa Hautesse en était restée tout abasourdie, et s'était prise à se repentir de sa précipitation. Elle avait ordonné au grand amiral de me poursuivre avec toute la flotte, et de me faire comprendre qu'elle n'avait point entendu la gageure de celle façon. Je n'avais que deux milles d'avance, et lorsque je vis la flotte de guerre turque courir sur moi toutes voiles dehors, j'avoue que ma tête, qui commençait à se raffermir sur mes épaules, se remit à branler plus fort que jamais. Mais mon souffleur était là.
—Que Votre Excellence soit sans inquiétude, me dit-il.
Ces drôles ne se firent aucun scrupule de me dépouiller.