Environ trois mois après, le foin haussa si considérablement de prix, que le fermier jugea avantageux de vendre sa provision de fourrage. La meule où je me trouvais était la plus grande de toutes, et représentait au moins cinq cents quintaux. Ce fut donc par elle qu'on commença. Le bruit des gens qui y avaient appliqué leurs échelles pour l'escalader me réveilla enfin. Encore plongé dans un demi-sommeil, ne sachant pas où j'étais, je voulus m'enfuir et tombai juste sur le propriétaire du foin. Je ne me fis pas la plus légère égratignure dans cette chute, mais le fermier n'en fut que plus maltraité: il fut tué roide, car je lui avais, bien innocemment, cassé le col. Pour le repos de ma conscience, j'appris plus tard que le drôle était un infâme juif, qui entassait ses fruits et ses céréales dans son grenier, jusqu'au moment où leur rareté excessive lui permettait de les vendre à des prix exorbitants: de sorte que cette mort violente fut une juste punition de ses crimes et un service rendu au bien public.
Je tombai sur une grande meule de foin.
Mais quel fut mon étonnement, lorsque, entièrement revenu à moi-même, j'essayai de rattacher mes pensées présentes à celles avec lesquelles je m'étais endormi trois mois auparavant! Quelle fut la surprise de mes amis de Londres en me voyant reparaître après les recherches infructueuses qu'ils avaient faites pour me retrouver! Vous pouvez, messieurs, vous l'imaginer facilement.
Maintenant, messieurs, buvons un coup, que je vous raconte encore une couple de mes aventures de mer.