—Je ne vous ai rien appris du tout, répliqua-t-il, charmé du compliment.
—Je vous dois tout ce que je sais, en tout cas. Quand reviendrez-vous?
—Ecoutez, dit-il. Je ne sais si vous avez des engagements, mais je n'ai personne avec qui jouer à Burry Mills. Jamais personne. Qu'est-ce qui vous empêcherait de prendre quelques jours de congé pour venir m'y rejoindre? Je vous avertis que cela ne sera peut-être pas drôle. C'est un endroit pour la gorge et la goutte... bains, massage, électricité et le reste. Mais le quatrième et le septième trous demandent quelque pratique.
—Le jeu avant tout, repartis-je vaillamment, alors que Dieu sait si j'en détestais jusqu'au moindre coup, jusqu'au moindre mot.
—Voilà de bonnes dispositions. En qualité de leur homme d'affaires, je vous demanderai de ne pas parler de Holmescroft à mes cousines. Cela les bouleverse... les a toujours bouleversées. Mais, à vous parler franchement, ce serait fort agréable pour moi, si vous pouviez trouver le moyen de...»
Je le trouvai, le moyen, dès que le permit la décence, et sincèrement remerciai mon partenaire. Suivant mes conjectures, maintenant bien mûries, il avait, par procuration, fait quelque mauvais emploi des deniers de ses vieilles cousines, et fait, par la même occasion, c'était probable, perdre la tête à la pauvre Agnès Moultrie, quoique j'eusse souhaité chez lui moins d'amabilité, moins de bonne humeur, et, dans le regard, moins d'innocence.
Avant de le rejoindre aux eaux de Burry Mills, je passai une nuit à Holmescroft. Miss M'Leod était revenue de ses eaux, à elle; et nous commençâmes par plaisanter, au grand soleil de la pelouse, sur les mœurs et coutumes des Anglais qui fréquentent de tels lieux. Elle connaissait des douzaines de villes d'eaux, et m'apprenait la façon de m'y conduire, tandis Mr. et Mrs. M'Leod se tenaient à l'écart, en adoration.
«Oui, c'est toujours comme cela qu'elle nous revient, dit le père. C'est malheureux que cela passe si vite, dites-moi? Il faudrait que vous l'entendiez chanter With mirth, thou pretty bird.»
Nous avions la maison à affronter toute la soirée, et il n'était question, là, ni de rire, ni de chanter. La tristesse s'abattit sur nous dès que nous y entrâmes, et ne nous lâcha pas que dix heures n'eussent sonné, moment où nous sortîmes en rampant, pour ainsi dire, de dessous elle.
«Cela a été dur, cet été», murmura Mrs. M'Leod, lorsque nous nous fûmes rendu compte que nous étions délivrés. Il me semble quelquefois que la maison va se lever pour crier... Oui, c'est bien dur.