Il ne s'agissait pas, en réalité, de Kasauli, mais d'un autre endroit. Toutefois, me rappelant ce que Stanley avait dit dans mon jardin, la nuit en question, je n'osais pas changer le nom. Alors, Garm se mit à trembler; puis, il aboya; puis, il sauta après moi, frétillant de joie et remuant la queue.
«Pas encore, fis-je, en levant la main. Quand je dirai: «Nous partons», nous partirons, Garm.»
Je sortis le petit paletot et le collier à pointes, que portait toujours Vixen là-haut dans les Montagnes, pour la protéger contre les refroidissements soudains et ces brigands de léopards, et je laissai les deux camarades les sentir et en causer. Ce qu'ils dirent, je n'en sais rien, naturellement; mais cela fit de Garm un tout autre chien. Il avait les yeux brillants, et il aboyait joyeusement quand je lui parlais. Il mangea sa pitance, et tua ses rats durant les trois semaines suivantes; et, s'il commençait à geindre, je n'avais qu'à lui dire: «Stanley, Kasauli... Kasauli, Stanley,» pour lui remonter le moral. Je regrettais de n'y avoir pas pensé plus tôt.
Mon chef revint, tout halé par le grand air, et fort irrité de trouver une telle chaleur dans les Plaines. Ce même après-midi, nous commençâmes tous les trois, en compagnie de Kadir Buksh, à faire nos paquets pour notre mois de vacances, Vixen ne cessant d'entrer dans la malle de bât et d'en sortir comme un boulet, et Garm grimaçant tout partout et cognant de la queue sur le plancher. Vixen connaissait toute cette routine du voyage, comme elle connaissait mon travail de bureau. Elle se rendit à la gare, en chantonnant sur le siège de devant de la voiture, tandis que Garm était assis à côté de moi. Elle se précipita dans le compartiment de chemin de fer, regarda Kadir Buksh y faire mon lit pour la nuit, but sa lampée d'eau, et se coucha en rond, son tape-à-l'œil sur le tumulte du quai. Garm la suivit (la foule lui ouvrit un passage tout spécial), et il s'assit sur les coussins, les yeux flamboyants, la queue en halo derrière lui.
Nous arrivâmes à Umballa au lever du jour brûlant et brumeux, quatre ou cinq hommes qui avions pioché ferme durant onze mois, réclamant à tue-tête nos dâks—ces voitures de voyage, à deux chevaux, qui devaient nous emmener là-haut, à Kalka, au pied des Montagnes. Tout cela était nouveau pour Garm. Il n'avait aucune idée de voitures où l'on s'étend de tout son long sur sa literie; ce n'était pas comme Vixen, qui, d'un bond, fut à sa place, suivie d'ailleurs par lui. La Route de Kalka, avant la construction du chemin de fer, avait environ quarante-sept milles de long, et on changeait de chevaux tous les huit milles. La plupart refusaient, ruaient, plongeaient, mais il leur fallait marcher, et plutôt mieux que de coutume, avec l'aboi profond de Garm à leurs trousses.
Il y avait une rivière que l'on passait à gué, où quatre bœufs tirèrent la voiture, et où Vixen, après avoir fourré la tête par la portière à coulisses, faillit tomber dans l'eau en donnant ses indications. Garm, silencieux et curieux, éprouvait quelque peu le besoin de se voir rassuré au sujet de Stanley et Kasauli. C'est ainsi qu'aboyant et jappant nous arrivâmes à Kalka pour l'heure du lunch, où Garm mangea pour deux.
Après Kalka, la route serpentait entre les Montagnes, et nous prîmes une carriole attelée de poneys à demi dressés que l'on changeait tous les six milles. Personne, à cette époque, ne rêvait encore de chemin de fer allant à Simla, qui s'élevait à sept mille pieds en l'air. La route avait plus de cinquante milles de long, et l'allure réglementaire était celle que pouvait atteindre la vitesse des poneys. Ici encore, Vixen conduisit Garm d'une voiture à l'autre, sauta sur le siège de derrière, et chanta victoire. Un souffle frais venant des neiges nous accueillit à environ cinq milles au sortir de Kalka, et, redoutant sagement un refroidissement au foie, elle geignit après son paletot. J'en avais fait confectionner un pour Garm également; et, dès que nous atteignîmes les fraîches brises, je le lui mis. S'il le mâchonna avec l'air de ne pas comprendre, je crois qu'au fond il en fut reconnaissant.
«Haï-yaï-yaï-yaï!» chantait Vixen, comme nous opérions d'un trait les tournants. «Tout-tout-tout!» faisait la trompette du conducteur aux endroits dangereux, et «yaou! yaou! yaou» aboyait Garm. Kadir Buksh, sur le siège de devant, souriait. Il n'était pas jusqu'à lui qui ne se sentît bien aise d'échapper à la chaleur des Plaines en train de mijoter dans la buée derrière nous. De temps à autre nous rencontrions quelque connaissance en train de redescendre à son travail. «Quel temps fait-il, en bas?» demandait l'homme. Et je criais: «Plus chaud que la braise. Quel temps fait-il là-haut au-dessus?» «Délicieux!» criait-il derrière lui. Et nous continuions d'aller.
Tout à coup, Kadir Buksh dit par-dessus son épaule:
«Voici Solon!»