Le premier appel, clair et intrépide, de la princesse (Mélissa l'avait trouvée) s'éleva et résonna à travers tous les cadres:

«La Reine le veult! Essaime! Essai-aime! Essai-ai-aime!»

La Ruche chancela sous le tonnerre déchirant d'une couette collée qu'on arrachait de force.

«Ne vous inquiétez pas, mes chéries, dirent les Teignes. C'est notre affaire. Levez les yeux et vous verrez l'aurore des Temps Nouveaux.»

De la lumière apparut au sommet de la Ruche, comme la Reine l'avait prophétisé—une lumière crue sur les abeilles en ébullition.

Sacharissa ramassa son arrière-garde, laquelle coulait du cadre, tête baissée, et rejoignit le détachement de la princesse, en train de se frayer un chemin vers la porte. Maintenant, la panique était à son comble, et il n'était pas une bonne abeille qui ne se trouvât sous l'étreinte de trois Phénomènes au moins. Le premier instinct d'une abeille qui a peur, c'est de fondre sur les réserves et de se gorger de miel; mais il ne restait pas de réserves, de sorte que les Phénomènes livraient combat aux bonnes abeilles.

«Il nous faut à manger, ou nous allons mourir! crièrent-ils en grimpant, s'accrochant et glissant, tandis que les silencieux perce-oreille, effarouchés, et les araignées minuscules se prenaient dans leurs pattes.

—Pensez à la Ruche, traîtresses! La Ruche sacrée!

—C'est avant, qu'il fallait y penser! crièrent les bonnes abeilles. Restez pour voir l'aurore de vos Temps Nouveaux.»

Elles atteignirent enfin la porte par-dessus les frêles corps de beaucoup à la formation desquels elles avaient contribué.