« Ils valent mieux que nous, déclara Shiraz. Je savais ce qu’il en serait.

— Ferme ta grande boîte, dit le Chat Maltais. Nous avons toujours un goal d’avance.

— Oui, mais c’est au tour de deux arabes et de deux du pays à jouer maintenant, dit Bouchon. Faiz Ullah, rappelle-toi ? » ajouta-t-il d’une voix mordante.

En montant sur Aube Grise, Lutyens regarda ses hommes. Ils ne présentaient guère une jolie apparence. Ils étaient rayés de bandes alternatives de poussière et de sueur. Leurs bottes jaunes étaient passées au noir. Ils avaient les poignets rouges et boursouflés, et on eût dit que leurs yeux s’étaient enfoncés de deux pouces dans la tête. Toutefois l’expression de ces yeux-là était assez satisfaisante.

« Avez-vous pris quelque chose au tiffin ? » demanda Lutyens.

Et le team se contenta de secouer négativement la tête. Ils avaient trop soif pour parler.

« Bravo ! Les Archanges n’ont pas fait de même. Ils sont plus à bout de souffle que nous.

— Ils ont les meilleurs poneys, dit Powell. Je ne serai pas fâché d’en avoir fini. »

Ce fut un sale quart que le cinquième, de toutes façons. Faiz Ullah joua comme un petit diable rouge ; le Lapin sembla se trouver partout à la fois, et Benami gouverna droit sur tout ce qui s’en venait sur sa route, tandis que sur leurs poneys les arbitres tournoyaient comme des mouettes autour du jeu en ses déplacements. Mais les Archanges avaient les meilleures montures — ils avaient gardé leurs pur-sang pour la fin — et ne laissèrent pas une seule fois les Skidars se livrer au football. Ils frappèrent la balle d’un bout à l’autre du terrain jusqu’à ce que Benami et les autres fussent sur le flanc. Puis ils se portèrent en avant, tandis que Lutyens et Aube Grise, sans arrêt, arrivaient juste, et tout juste, à éloigner la balle d’un long coup de revers retentissant. Aube Grise oublia sa qualité d’arabe, et passa du gris au bleu en galopant. A vrai dire, elle l’oublia trop bien, attendu qu’elle ne garda pas les yeux sur le terrain comme un arabe l’eût dû faire, mais allongea le nez et précipita le pas, par pur amour du jeu. On avait arrosé le terrain une ou deux fois entre les reprises, et un arroseur négligent avait vidé tout le contenu de la dernière de ses outres en un même endroit près du goal des Skidars. On allait terminer la partie, et pour la dixième fois Aube Grise se lançait à la poursuite d’une balle, quand, son pied gauche de derrière glissant dans la boue grasse, elle fit plusieurs tours sur elle-même, après avoir lancé Lutyens presque contre le poteau ; et les Archanges triomphants firent leur goal. Alors, la cloche sonna deux goals chacun ; mais il fallut venir au secours de Lutyens, et Aube Grise se releva avec quelque chose de claqué au postérieur gauche.

« Des avaries ? demanda Powell, un bras passé autour de Lutyens.