[5] Les régiments indigènes de l’Inde comportent des officiers anglais en même temps que des officiers indigènes, mais les premiers ont toujours autorité sur les seconds.

Le team regarda Lutyens d’un air implorant, et Lutyens fit « oui » de la tête. C’était la dernière reprise, et rien, après cela, n’y changerait quoi que ce soit. Ils burent jusqu’au bout le breuvage d’or sombre, s’essuyèrent la moustache, et les choses prirent une apparence plus riante.

Le Chat Maltais avait passé son museau dans le devant de chemise de Lutyens, et essayait de dire combien il était fâché.

« Il devine, dit Lutyens, d’un ton d’orgueil. Le petit type devine. J’ai déjà joué avec lui sans bride… pour rire.

— Il ne s’agit pas de rire, pour le moment, déclara Powell. Mais nous n’avons pas un seul remplaçant convenable.

— Non, repartit Lutyens. C’est le dernier quart, et il s’agit de faire notre goal et de gagner. Je m’en remets au Chat.

— Si vous retombez, cette fois-ci, je crois que vous le sentirez, dit Macnamara.

— Je m’en remets au Chat, répéta Lutyens.

— Vous l’entendez, dit fièrement aux autres le Chat Maltais. Cela vaut la peine d’avoir joué le polo dix ans, pour qu’on en dise autant de vous. Maintenant donc, mes enfants, en avant ! Nous allons ruer un tout petit peu, rien que pour montrer aux Archanges que voici un team qui n’a pas souffert. »

Effectivement, comme ils s’en allaient sur le terrain, le Chat Maltais, après s’être convaincu que Lutyens était bien d’aplomb sur sa selle, lança trois ou quatre ruades, et Lutyens se mit à rire. Les rênes se virent ramassées n’importe comment à l’extrémité de sa main en écharpe, sans que sur elles il prétendît compter. Il savait que le Chat répondrait à la moindre pression du genou, et, histoire d’amuser la galerie — car son épaule lui faisait grand mal — il fit exécuter au petit gaillard un huit serré autour des poteaux de goal. Un rugissement s’éleva parmi les officiers indigènes et leurs hommes, qui n’étaient point ennemis d’un brin de dugabaschi (tour de dressage), comme ils appelaient cela, et les cornemuses se mirent très tranquillement et d’un air de dédain à bourdonner les premières mesures d’une banale chanson de bazar, dont le titre était : Toujours Frais et Toujours Verts, comme un simple avertissement aux autres régiments que les Skidars étaient en forme. Tous les indigènes se prirent à rire.