D’un bord à l’autre du terrain, en grandes diagonales, volait la balle ; et toutes les fois qu’il était question de quelque galopade endiablée et d’un coup près des limites, les poneys des Archanges avançaient malaisément. Ils ne se souciaient guère de donner tête baissée sur ce mur d’hommes et de voitures, quoiqu’ils eussent été capables, si le terrain eût été libre, de tourner sur une pièce de six pence.

« Faufilez-la le long des côtés, dit le Chat. Maintenez-la près de la foule. Ils détestent les voitures. Shikast, maintenez-la par ici. »

Shikast, monté par Powell, guettait à droite et à gauche derrière le va-et-vient inquiet d’une « mêlée » clairsemée, et chaque fois que la balle se trouvait lancée au loin, Shikast galopait sur elle à un angle tel que Powell se voyait forcé de l’envoyer vers les limites ; et la foule venait-elle de se voir chassée de par là, que Lutyens envoyait la balle de l’autre côté, et que Shikast filait désespérément derrière elle, jusqu’à ce que ses amis accourussent à son aide.

« S’il nous font aller au milieu du terrain, nous sommes fichus. Tapotez-la le long des côtés », cria le Chat.

Sur quoi ils se mirent à tapoter la balle tout le long des limites, où il était impossible qu’un poney s’en vînt sur leur main droite ; et les Archanges se montrèrent furieux, les arbitres durent négliger le jeu pour crier aux spectateurs de se reculer, plusieurs policemen montés essayèrent maladroitement de rétablir l’ordre, tout près du lieu de combat, pendant que les poneys des Archanges voyaient leurs nerfs se tendre et se briser comme toiles d’araignées.

Cinq ou six fois l’un des Archanges envoya la balle au milieu du terrain, et chaque fois l’attentif Shikast fournit à Powell l’occasion de la retourner ; or, après chaque retour, la poussière une fois tombée, il était loisible de voir que les Skidars avaient gagné quelques mètres.

De temps à autre s’élevaient du milieu des spectateurs les cris de : « Off side ! Off side[6] ! » Mais les teams se trouvaient trop affairés pour y prendre garde, et les arbitres avaient assez à faire de tenir leurs poneys affolés en dehors de la lutte.

[6] Un joueur de polo est « off side » lorsque, ne se trouvant ni en possession de la balle ni derrière un des joueurs de son propre camp en possession de la balle, il n’y a pas, au moment où la balle est frappée, de joueur du camp opposé plus près que lui de la ligne de but des adversaires ou de cette ligne prolongée. En ce cas, il ne doit ni frapper la balle ni empêcher le camp opposé de l’atteindre ou de la frapper.

A la fin Lutyens manqua un coup court et facile, et les Skidars durent s’élancer pêle-mêle en arrière pour protéger leur propre goal, sous la conduite de Shikast. Powell arrêta la balle d’un revers, alors qu’elle n’était pas à cinquante mètres des poteaux de goal, et Shikast pirouetta d’un tour de reins qui fit presque sauter Powell hors de sa selle.

« C’est maintenant notre dernier atout, dit le Chat, en pivotant comme un hanneton sur une épingle. Il ne nous reste plus qu’à jouer du jarret. Allons. »