— Ils déclarent d’une façon explicite qu’ils ne recherchent pas l’argent !

— Tout cela, c’est de la blague. C’est comme leur façon de mettre W. Sargent, avec un simple W sur leurs adresses. Ils savent bien que je suis le fils du vieux. Comment n’ai-je pas déjà pensé à cela ?

— Un instant. S’il vous prenait la fantaisie de grimper sur le dôme de Saint-Paul, et d’offrir une récompense à tout Anglais capable de dire qui était et ce que faisait Wilton Sargent, votre père, il n’y en aurait pas vingt dans tout Londres pour oser le prétendre.

— C’est leur provincialisme d’insulaires, alors. Je ne m’en fais pas de bile pour un sou. Le vieux aurait mis la Great Buchonian à la côte avant son petit déjeuner, rien que pour en prendre une épave et déboucher sa pipe. Pardieu, je vais le faire, et sans plus tarder ! Je vais leur apprendre que ce n’est pas une raison de faire les fendants avec un étranger, parce qu’on a arrêté un de leurs petits joujoux de trains, et — voilà quatre ans que je dépense ici cinquante mille livres sterling au moins par an. »

Je m’applaudissais de ne pas être son homme de loi. Je relus la correspondance, particulièrement la lettre qui lui recommandait — presque avec compassion, je crus m’en apercevoir — de construire un mur de brique de quatorze pieds au fond de son jardin ; et à moitié route de ma lecture, une idée me frappa, qui me remplit de douce gaîté.

Le valet de pied introduisit deux personnages, en redingote, pantalonnés de gris, rasés de frais, à la parole et à la démarche posées. Il était presque neuf heures, mais on eût dit qu’ils sortaient du bain. Je me demandai pourquoi le plus âgé, qui était en même temps le plus grand, me lança comme un regard d’intelligence, ni pourquoi il me serra la main avec une chaleur qui n’avait rien d’anglais.

« Voici qui simplifie la situation », dit-il tout bas.

Et, comme j’ouvrais de grands yeux, il murmura à son compagnon :

« Je crains d’être bien peu utile pour le moment. Peut-être Mr. Folsom ferait-il mieux de causer de l’affaire avec Mr. Sargent.

— C’est pourquoi je suis ici », repartit Wilton.