La nuit tombait, et à tout moment Jan Chinn pouvait, d’un coup de sifflet, faire sortir son redoutable coursier des taillis envahis par l’ombre.

Or, pour la première fois au cours d’une vie déjà longue, Bukta désobéit à un ordre légitime et déserta le jeune officier anglais ; car il ne revint pas, et se hâta vers le plateau de la colline, où il lança doucement un appel. Des hommes s’agitèrent tout autour de lui — de petits hommes tremblants, armés d’arcs et de flèches, qui attendaient Bukta et son compagnon depuis midi.

« Où est-il ? murmura l’un d’eux.

— A sa place. Il vous prie de venir, répondit Bukta.

— Sur l’heure ?

— Sur l’heure.

— Qu’il lâche plutôt le Tigre Nébuleux sur nous. Nous n’y allons pas.

— Ni moi, quoique je l’aie porté dans mes bras lorsque ce n’était qu’un enfant en cette incarnation. Attendez ici jusqu’au jour.

— Mais il sera sûrement en colère.

— Même très en colère, car il n’a rien à manger. Mais il m’a déclaré maintes fois que les Bhils sont ses enfants. Dans le jour, je le crois, mais — au clair de lune je ne suis pas aussi sûr. Quelle folie avez-vous encore méditée, sacrés Satpuras, pour avoir besoin de lui ?