Il prépara son plan d’action à peu près comme eût fait son grand-père ; et lorsque Bukta parut, au matin, avec une fort généreuse provision d’aliments, il ne souffla mot de l’abandon de la veille. Bukta se fût senti soulagé par l’explosion d’une humaine colère ; mais Chinn ne bougea qu’il ne fût, sans se presser, parvenu au bout de ses victuailles et n’eût fumé tout un cheroot.
« Ils ont très peur, dit Bukta, lequel n’était pas lui-même de ces plus braves. Il ne reste qu’à donner des ordres. Ils ont dit qu’ils obéiront si seulement tu te tiens entre eux et le gouvernement.
— Cela, je le sais, déclara Chinn, en se dirigeant d’un pas de flâneur vers le plateau. »
Quelques-uns des anciens se tenaient en un demi-cercle irrégulier dans une clairière ; mais le gros de la foule — femmes et enfants — était caché dans les buissons. Ils n’avaient nul désir d’affronter les premiers effets de la colère de Jan Chinn Premier.
S’étant assis sur un fragment de schiste, il fuma jusqu’au bout un second cheroot, en entendant tout autour de lui des respirations oppressées. Puis il s’écria, si soudainement qu’ils sursautèrent :
« Amenez l’homme qu’on avait ligotté ! »
Un bruit de luttes, un cri, et le vaccinateur hindou apparut, tremblant de peur, pieds et mains liés, comme les Bhils de jadis avaient coutume de lier leurs victimes humaines. On le poussa d’un air circonspect en présence du demi-dieu ; mais c’est à peine si le jeune Chinn lui accorda un regard.
« J’ai dit : l’homme qu’on avait ligotté. Est-ce une plaisanterie de m’en apporter un attaché comme un buffle ? Depuis quand le Bhil ligotte-t-il les gens suivant son bon plaisir ? Coupez-moi cela ! »
Une demi-douzaine de couteaux s’empressèrent de couper les liens, et l’homme se traîna jusqu’à Chinn, lequel confisqua son étui de lancettes et ses tubes de lymphe. Puis, balayant de l’index le demi-cercle des Bhils, et donnant à sa voix le ton du commandement, le jeune Chinn dit, d’une voix claire et distincte :
« Pourceaux !