C’est sa façon de rouler les r. Est-ce que je lui ressemble ?
LUI. — Non, mais je n’aime pas, quand vous faites la cabotine et que vous chantez des choses de ce genre-là. Où diable avez-vous pu pêcher la Chanson du Colonel ? Ce n’est pas une chanson de salon. Ce n’est pas convenable.
ELLE. — C’est Mrs. Buzgago qui me l’a apprise. Elle est, Mrs. Buzgago, à la fois salon et convenable, et dans un mois elle me le fermera, son salon, et remerciera Dieu de ne pas être aussi inconvenante que moi. Oh, Guy, Guy ! Que je voudrais ressembler à certaines femmes et n’avoir pas de scrupules — que dit Keenes ? — « porter les cheveux d’un cadavre et trahir jusqu’au pain qu’on mange ».
LUI. — J’avoue que je ne suis pas un aigle et que pour le moment je n’y vois que du feu. Quand vous aurez fini de passer d’un caprice à l’autre, vous me le direz, et j’essaierai de comprendre le dernier.
ELLE. — Caprices, Guy ! Je n’en ai pas. J’ai seize ans, et vous en avez tout juste vingt, et vous êtes resté deux heures à m’attendre à la porte de l’école dans le froid. Et voici que je vous ai rejoint et que nous rentrons de compagnie à la maison. Cela vous va-t-il, Mon Impériale Majesté ?
LUI. — Non. Nous ne sommes pas des enfants. Pourquoi ne pouvez-vous pas être raisonnable ?
ELLE. — Il me demande cela, quand je suis sur le point de commettre un suicide moral pour lui, et, et ——je ne vais pas faire la Française et délirer à propos de ma mère, mais vous ai-je jamais dit que j’en avais, une mère, et un frère, lequel était, avant que je me marie, mon enfant gâté ? Il est marié, maintenant. Ne pouvez-vous pas imaginer le plaisir que lui causera la nouvelle de la fuite ? Et vous, Guy, avez-vous des gens pour se réjouir de vos exploits ?
LUI. — Un ou deux. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs.
ELLE. — (Lentement.) — Je ne vois pas la nécessité —
LUI. — Hein ! Que voulez-vous dire ?