—Si!—répondit en souriant de nouveau Petersen Sahib.—Quand tu auras vu les éléphants danser!... Ce sera le moment... Viens me trouver quand tu auras vu danser les éléphants, et alors je te laisserai entrer dans tous les keddahs.

Il y eut une autre explosion de rires, car la plaisanterie est vieille parmi les chasseurs d’éléphants: c’est une façon de dire jamais. Il y a, cachées au loin dans les forêts, de grandes clairières unies que l’on appelle les «salles de bal des éléphants», mais on ne les découvre que par hasard, et nul homme n’a jamais vu les éléphants danser. Lorsqu’un chasseur se vante de son adresse et de sa bravoure, les autres lui disent:

—Et quand est-ce que tu as vu les éléphants danser?

Kala Nag reposa Petit Toomai sur le sol, et l’enfant salua de nouveau très bas, s’en alla avec son père, et donna la pièce d’argent de quatre annas à sa mère qui nourrissait un dernier né. Puis toute la famille prit place sur le dos de Kala Nag, et la file d’éléphants, grognant, criant, se déroula le long du chemin de la montagne, vers la plaine. C’était une marche très animée, à cause des nouveaux éléphants, qui causaient de l’embarras à chaque gué, et qu’il fallait flatter ou battre toutes les deux minutes.

Grand Toomai menait Kala Nag avec dépit, car il était fort mécontent. Quant à Petit Toomai, il était trop heureux pour parler: Petersen Sahib l’avait remarqué et lui avait donné de l’argent; aussi éprouvait-il ce qu’éprouverait un simple soldat appelé hors des rangs pour recevoir des éloges de son commandant en chef.

—Qu’est-ce que veut dire Petersen Sahib avec la danse des éléphants? demanda-il enfin doucement à sa mère.

Grand Toomai l’entendit et grommela:

—Que tu ne seras jamais un de ces buffles-de-montagne de traqueurs. Voilà ce qu’il voulait dire... Hé! là-bas, vous, en tête, qu’est-ce qui barre la route?

Un cornac, à deux ou trois éléphants en avant, un homme de l’Assam, se retourna en criant avec colère:

—Amène Kala Nag, et cogne-moi sur ce jouvenceau que j’ai là, pour lui apprendre à se tenir. Pourquoi Petersen Sahib m’a-t-il choisi pour descendre avec vous autres, ânes de rizières!... Conduis ta bête sur le côté, Toomai, et laisse-la travailler des défenses... Par tous les Dieux des montagnes, ces nouveaux éléphants sont possédés... ou bien ils sentent leurs camarades dans la jungle!