—Ts! Ts!—dit Kaa, en balançant sa tête d’un mouvement de navette.—Moi aussi, j’ai connu la tendresse. Il y a des histoires que je pourrais dire...
—Qu’il faudrait une nuit claire et l’estomac garni pour louer dignement, dit Bagheera avec vivacité. Notre petit d’homme est à l’heure qu’il est entre les mains des Bandar-Log, et nous savons que, de tout le peuple de la jungle, Kaa est le seul qu’ils redoutent.
—Je suis le seul qu’ils redoutent... Ils ont bien raison, dit Kaa. Bavardage, folie, vanité... Vanité, folie et bavardage! voilà les singes. Mais, pour une chose humaine, c’est un mauvais hasard de tomber entre leurs mains. Ils se fatiguent vite des noix qu’ils cueillent, et les jettent. Ils promènent une branche une demi-journée, avec l’intention d’en faire de grandes choses, et, tout à coup, ils la cassent en deux. Cet hommeau n’est pas à envier. Ils m’ont appelé aussi Poisson jaune, n’est-ce pas?
—Ver... ver... ver de terre, dit Bagheera... et bien d’autres choses que je ne peux maintenant répéter, par pudeur.
—Ils ont besoin qu’on leur rapprenne à parler de leur maître. Aaa-ssp! Ils ont besoin qu’on aide à leur manque de mémoire. En ce moment, où sont-ils allés avec le petit?
—La jungle seule le sait. Vers le soleil couchant je crois, dit Baloo. Nous avions pensé que tu saurais, Kaa.
—Moi? Comment?... Je les prends quand ils tombent sur ma route, mais je ne chasse pas les Bandar-Log, pas plus que les grenouilles, ni que l’écume verte sur les trous d’eau... quant à cela. Hsss!
—Ici, en haut! En haut, en haut! Hillo! Illo! Illo, regardez en l’air, Baloo du Clan des loups de Seeonee.
Baloo leva les yeux pour voir d’où venait la voix, et Chil le Vautour apparut. Il descendait en balayant les airs, et le soleil brillait sur les franges relevées de ses ailes. C’était presque l’heure du coucher pour Chil, mais il avait battu toute l’étendue de la jungle à la recherche de l’Ours, sans pouvoir le découvrir sous l’épais feuillage.
—Qu’est-ce que c’est? dit Baloo.